QUELQUES NOUVELLES DU FUTUR !

Plusieurs d’entre vous se posent la question suivante : « allons-nous revenir au monde tel qu’il était avant l’arrivée du coronavirus ? »
Pour y répondre, il m’a semblé nécessaire de questionner celles et ceux qui n’ont pas attendu cette crise pour se retrousser les manches et bâtir le monde que nous appelons de nos souhaits.
Parce que rebattre les cartes avec les mêmes stratégies et les mêmes joueurs serait une erreur, j’ai proposé à Jean MOREAU de nous donner quelques nouvelles du futur!
Co-fondateur de Phénix créé il y a 6 ans pour lutter contre le gaspillage alimentaire, Jean MOREAU est également co-président du mouvement d’entrepreneurs Tech For Good France qui met la tech au service de l’intérêt général.

L’entrepreneur a décidé de s’offrir quelques jours de vacances en juillet 2040.

Voici sa lettre estivale depuis « le monde d’après. »

« Chère Annabelle,

J’espère que tu vas bien.

Je t’écris depuis la plage d’Ilbarritz, où nous prenons un verre avec ma fille. C’est officiel, Hortense entamera en septembre un cursus spécialisé en Intelligence Circulaire. Pour l’instant, elle profite d’un moment de quiétude puisqu’elle a déjà programmé son cerveau grâce à l’application fournie par son école lors de son inscription.

Dire qu’en 2020, elle aurait dû passer des heures à plancher sur des manuels tels que l’« Introduction à l’Economie Circulaire » et l’« Histoire de l’Economie de la fonctionnalité et de la coopération ». Autant de lectures fastidieuses dont sa génération d’étudiants augmentés est dorénavant épargnée.

Les nanotechnologies nous font décidément gagner un temps incroyable ! Enfin libérée de l’esprit de compétition, et avec une mémoire décuplée par la prise régulière de néoprotéines, Hortense a beaucoup plus de temps pour expérimenter le réel et échanger avec ses proches.

Elle vient d’ailleurs de s’inscrire à un cours de surf sur des vagues artificielles, qui cartonne à Castests, au cœur des terres de la région ! Mais je ne suis pas rassuré. Je trouve que les drones sauveteurs en mer ne sont pas encore super au point. Nous venons d’en apercevoir un qui secourait une dame à la dérive, en la repêchant par le pied. Cela fait quelques minutes maintenant que cette pauvre femme se débat et gesticule en vociférant dans les airs!!!

Espérons seulement que cet appareil ne mettra pas trop de temps pour la conduire au poste de secours. Cela me ferait presque rire mais je ne voudrais pas assister à un tel spectacle avec ma fille ou l’un de ses amis. Enfin bon, ça nous ferait peut-être oublier que la dune de mon enfance a été engloutie par la montée des eaux…

En parlant d’anecdote, en voici une qui devrait t’amuser. Hortense vient de m’interpeller sur un sujet que nous connaissons bien !

 « Papa, tu savais qu’avant on triait et on recyclait les déchets ? » Si elle savait !

On était devenus fous, complètement obsédés par le recyclage. C’était simple, et on ne remettait pas en cause pour un sou notre société de consommation. Au fond, il faut bien le dire, cette « solution » nous permettait de s’acheter une bonne conscience à coups d’éco-gestes : « on jette, mais on jette bien ».

Heureusement, les choses ont rapidement évolué, même si nous en payons toujours les pots cassés.

Le déchet est aujourd’hui une ressource productive, là où hier, il n’était qu’un rebut que l’on cherchait à dissimuler. Et dire que mon surf est en fibre de noix de coco, et que les plantes de la ville sont élevées au compost.

En fin de compte, ce lien que nous avions rompu avec nos déchets, en les traitant comme des indésirables, c’est aussi un lien que nous avions rompu avec le reste de la société et l’économie locale.

C’est vrai que le fait de vivre en symbiose avec l’écosystème numérique facilite désormais les choses. Il suffit à Hortense d’envoyer quelques influx neuronaux à son assistant intellectuel proactif pour que celui-ci fasse l’inventaire des aliments présents qui arrivent à leur date limite de consommation dans son réfrigérateur connecté.

Cette société plus intelligente, plus collaborative, lui permet de pouvoir plus facilement redistribuer ce dont elle n’a pas l’usage à des proches nécessiteux ou des voisins gourmands.

Il en va de même pour l’ensemble des biens et des services. Hortense n’imaginerait pas jeter un aliment la veille de sa date limite de consommation. En outre, elle, comme beaucoup de ses copines, se refusent aussi à acheter des vêtements neufs. 

En quelques envois d’influx neuronaux, elle donne ou elle troque. Elle se rend aussi de temps en temps dans ces nouveaux repair-coffee, ces lieux à la mode où elle peut donner une seconde vie à ce qu’elle souhaite conserver. Et lorsqu’elle emprunte, elle paie à l’usage, bien sûr.

Du coup, Hortense a été étonnée lorsqu’elle a découvert que la loi interdisant aux magasins de rendre impropre à la consommation les invendus alimentaires, ainsi que celle interdisant de brûler les textiles invendus datent respectivement de 2016 et 2019.

Nous étions à mille lieues des poubelles autonomes qui déclarent illico au poste de police la présence d’un bien encore comestible dans le bac à déchets. Perdre aussi stupidement ses Green Bonus citoyens semble une aberration aujourd’hui mais je suis moins enthousiaste quand je pense à toutes les nouvelles données ainsi collectées…

Il faut dire que ma fille n’était pas née il y a vingt ans, lorsqu’on montait Phenix. Au début, on nous prenait pour de drôles d’oiseaux avec mon associé ! Nous voulions donner à chacun les moyens de lutter contre le gaspillage en introduisant le bon sens dans la gestion des déchets.

Notre rêve était de faire de l’Economie Circulaire la norme. Ce pari fou, nous désirions le mener en suivant les pas de l’Economie Sociale et Solidaire et du social business. Dire que ces concepts encore trop marginaux en 2020 sont les piliers de notre économie aujourd’hui !

C’est ainsi que nous avons peu à peu tracé la voie du Zéro Déchet accessible à tous.

Dans un premier temps, nous proposions aux magasins notre application pour vendre à prix réduits les produits bientôt périmés, mais nous proposions aussi des solutions pour donner plus facilement et plus efficacement ces produits à des associations caritatives. Puis aux entreprises, aux industriels et au secteur événementiel. Mais c’est en lançant notre application anti-gaspi ouverte au grand public que nous avions pris conscience de la puissance citoyenne à l’œuvre ; que ce que nous appelions à l’époque « les nouvelles technos » rendaient possible !

À propos de bon sens citoyen, te souviens-tu de ce gars qui invitait chacune et chacun à faire « sa part de colibri » ? C’était cela l’idée fondatrice de notre appli ! Et on peut être fier du chemin parcouru. Vingt ans plus tard, l’outil est devenu le nouveau standard dans la distribution. Il est maintenant traduit en 24 langues, déployé dans 50 pays, et a permis de sauver de la poubelle plus d’un milliard de repas, en créant au passage un millier d’emplois ! Si c’est pas de l’impact positif ça !

D’ailleurs, je te confirme que si les dates de péremption ont été interdites ou que le plastique à usage unique n’existe plus, c’est grâce à la volonté des citoyens engagés qui ont su faire changer les mentalités et les habitudes des entreprises en s’appuyant sur l’émergence des plateformes d’intelligence collaborative !

Toujours est-il que la dernière loi de septembre 2038 me semble aller trop loin. Qu’en penses-tu ? Elle part d’un bon sentiment et étendre l’interdiction de jeter des professionnels, aux particuliers est pleine de bon sens. Mais le « flicage » par la poubelle connectée qui déclare au poste de police qu’on a jeté un produit encore comestible et qui nous fait perdre le Green Bonus, je trouve ça excessivement radical pour le coup.

J’en parlerai à mon amie qui siège à la commission sanitaire de la Grande Assemblée Citoyenne. C’est la même chose pour les détecteurs de plastique généralisés dans les gares et les aéroports, je comprends l’idée mais il faut laisser aux gens le temps de la transition, on revient de loin sur ces sujets-là…

Bon, je t’avoue que je regrette quand même l’époque antérieure à la révolution verte où nous pique-niquions inconsciemment avec des couverts jetables, des serviettes en papier, des bouteilles en plastique, et surtout de la viande non synthétique et des légumes cultivés dans le sol, aussi toxiques pouvaient-ils être !

Si seulement nous avions été un peu plus vigilants. Nous n’en serions pas arrivés à de tels extrêmes en matière d’interdiction !

Voilà pourquoi nous aimons tant nous rendre à l’heure de l’apéritif sur cette plage d’Ilbarritz ! Et ça vaut le coup car c’est bien la seule de la région à faire la part belle aux produits du terroir grâce à une dérogation remise à titre « d’exception culturelle ». Ici, les robots serveurs humanoïdes proposent encore quelques spécialités que j’ai à cœur de lui faire découvrir comme le véritable pâté basque au porc du Kintoa élevé en liberté dans les montagnes du pays et les fameuses rillettes au piment d’Espelette !

Ce goût de la tradition, Hortense ne peut pas s’en souvenir. Enfin, les années passées à éradiquer les déchets toxiques contenant des métaux lourds, des matières radioactives et des polymères de synthèses sont maintenant derrière nous. Les plages sont enfin propres, cela vaut bien quelques sacrifices.

Je termine ma lettre ici. J’ai promis à Hortense de l’emmener visiter l’incinérateur d’Ivry, transformé en musée depuis sa fermeture définitive. Nous allons devoir nous connecter maintenant car la visite virtuelle commence dans quelques minutes, nos casques de VR sont rechargés à bloc grâce au soleil basque !

Passe de bonnes vacances !

Jean

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