Yann-Arthus Bertrand, pour une écologie réaliste et non dogmatique !

« Si l’écologie, c’est uniquement des contraintes et des coûts supplémentaires, alors elle finira par être largement rejetée par les Français. »

À 74 ans, le photographe et réalisateur français Yann-Arthus Bertrand prépare un nouveau film, « France, une histoire d’amour. » De passage à Saint-Tropez pour entreprendre la réalisation d’une œuvre photographique composée de portraits de personnalités illustrant la vie du village, l’auteur du best-seller La Terre vue du ciel, a accepté de répondre à mes questions. Une occasion de faire le point sur sa vision de l’écologie et ses engagements.

Il est midi lorsque je retrouve Yann-Arthus Bertrand. Il a installé son studio de photo salle Jean Despas, face à la célèbre place des Lices et ses platanes centenaires. « Allez, madame, croisez-vos jambes, voilà, c’est plus sexy, » recommande-t-il à une tropézienne manifestement peu aguerrie à l’exercice. Mais le photographe engagé ne désarme pas. À peine a-t-il posé sa caméra, qu’il m’interpelle : « Tu as lu la presse ce matin ? La fonte de la calotte glaciaire du Groenland vient d’atteindre un point de non-retour dans une indifférence quasi totale. » Le ton est donné.

L’urgence est à la croissance responsable et à la relance rapide

L’homme enchaînant les conférences « un peu plombantes, » notamment pour sensibiliser le public aux enjeux du changement climatique, fulmine. « La fonte de la calotte glaciaire menace des dizaines de millions de personnes à travers le monde. Les gens ne se rendent pas compte. C’est le climat tempéré qui a fait notre civilisation. » Pourtant ces sujets nous concernent.

Mais pour fédérer, l’écologie ne peut pas être le véhicule opportun d’un vieux combat contre notre modèle de civilisation, ni l’exclusivité d’un parti.

Pour lui, « tout le monde devrait être écolo. Cela n’empêche pas d’être réaliste. Dans le contexte actuel, l’urgence est à la croissance responsable et à la relance rapide. Ce n’est pas le moment de dire aux gens d’arrêter de consommer, ou de ne pas prendre l’avion alors qu’Air France se casse la gueule ! »

Pour le défenseur de l’environnement, l’heure n’est pas à la décroissance mais à l’expression du bon sens collectif. Aussi, préconise-t-il de jouer la carte de la solidarité. « Nous devons consommer français et favoriser les circuits-courts dans la mesure du possible. » Autrement dit, nous devons apprendre à payer le juste prix de ce que nous consommons. « Être solidaire, c’est aussi accepter de prendre en compte la valeur ajoutée de celui qui travaille. D’autant qu’on vit dans un pays où 52 % des terres sont agricoles, et on importe 50 % de la bouffe qu’on consomme. C’est une aberration. » À ses yeux, la relocalisation d’une partie de notre production alimentaire, au-delà de la création d’emplois, nous offrirait une meilleure résistance en cas de crise énergétique ou économique. « L’écologie, c’est du bon sens ! »  

Heart in Voh, New Caledonia (French Overseas Territory) (20°56′ S – 164°39′ E).

Il est possible d’être écologistes et pour le nucléaire

Si l’écologie est une question de bon sens, peut-on être écologiste et pour le nucléaire ? Certains écologistes ne refusent-ils pas le débat car leur histoire se confond avec celle du mouvement pacifiste contre la bombe atomique ? La question est sur la table. La réponse sera pragmatique. « Le nucléaire chez certains écolos, c’est devenu une espèce d’idéologie. Je n’ai pas d’avis à donner là-dessus. » Le photographe est un homme engagé, mais c’est d’abord un homme libre. Il n’a ni l’esprit de système, ni l’esprit de parti. « Une centrale nucléaire émet une centaine de fois moins de gaz à effet de serre qu’une centrale à charbon, et une cinquantaine de fois moins qu’une centrale à gaz. Fermer des réacteurs nucléaires, c’est émettre du CO2. Nous avons besoin du nucléaire. » Dont acte.

L’homme qui filme la déforestation et la fonte des glaciers n’est donc pas du genre à confondre la sagesse des limites avec l’imposition d’une nouvelle abstinence. « Je me méfie d’une vision punitive de l’écologie. Si l’écologie, c’est uniquement des contraintes et des coûts supplémentaires, alors elle finira par être largement rejetée par les Français. » Être au service de l’écologie dans son ensemble, c’est analyser des sujets complexes et non binaires, établir des priorités et faire des choix réalistes. « Il faut arrêter cette histoire avec d’un côté les gentils et de l’autre les méchants comme Total ou les entreprises. Nous n’avancerons pas si on exclut de la table les grandes entreprises, » affirme-t-il. Pour lui, il est important d’être aux côtés des entreprises pour comprendre comment elles anticipent les évolutions afin de répondre aux enjeux sociétaux, environnementaux et économiques. « Et puis, quand les gens prennent leur voiture et mettent de l’essence dedans, personne ne se demande d’où vient l’essence. Et si demain il n’y a plus de pétrole, le monde s’arrêtera et ce sera bien pire que le Covid ! »

Yann-Arthus Bertrand est parfois associé à un anti-capitaliste luttant contre la globalisation et toutes les formes de développement, à tort.  À ceux qui lui reprochent de faire financer ses films par des banquiers ou le CAC40, non sans humour, il réplique que le cinéma est un art coûteux et qu’il ne va pas faire financer ses films par « Kisskissbankbank » (une plateforme de financement participatif).

Assa Traoré n’avait rien à faire sur La Nouvelle Photo du Siècle

Bien que lucide sur notre époque et ses paradoxes, le photographe reconnait, parfois, être pris au piège des clichés. Il revient d’ailleurs sur « La Nouvelle Photo du Siècle* » où Assa Traoré, le fer de lance de divers groupuscules s’efforçant d’importer en France les affrontements raciaux qui déchirent l’Amérique, figure au milieu de la nouvelle génération au service d’un monde durable. « Je te le dis franchement, Assa Traoré n’a rien à faire sur cette photo. Ce n’était pas mon idée. Je le reconnais, j’ai laissé faire. Pourtant ce n’est pas sain de mélanger les sujets. »

A l’heure où notre pays a follement besoin d’unité, Yann-Arthus Bertrand fustige alors « l’amalgame » entre la génération engagée pour le climat et celle portant en elle des discours identitaires victimaires de plus en plus affirmés. « Nous sommes devenus trop caricatural.  Il y a un moment où il faudrait avoir le courage de dire, c’est bon, ça suffit, ce n’est pas ça l’écologie ! Il y a trop de rancœur et de haine dans ce pays. »

Celui qui appelle à regarder le monde avec plus de bienveillance préfère utiliser son énergie pour démontrer que nous avons toutes les raisons d’être heureux de vivre en France. C’est la raison pour laquelle il prépare un film : « France une histoire d’amour », une façon de rendre hommage à ce pays « formidable », pourtant en proie à beaucoup de remises en question et de déchirements. « On vit dans un pays incroyable, avec des lois sociales que tout le monde nous envie. Nous devons être heureux de vivre en France ! » Un film qui se veut porteur d’espoir, une façon aussi de remettre l’homme au cœur de l’écologie, loin des idéologies et dogmatismes. Tout sauf un cliché !

Vous pouvez retrouver les œuvres de Yann-Arthus Bertrand – dont certaines inédites – à la galeries d’art contemporain Bel-Air Fine Art . Pour découvrir la galerie, c’est ici !

Pour suivre l’actualité de Yann-Arthus Bertrand, c’est ici !

*Cinquante ans après « La Photo du Siècle » réunissant 47 artistes qui ont marqué leur génération, Yann-Arthus Bertrand vient d’immortaliser les acteurs de changement qui marquent notre époque avec « La Nouvelle Photo du Siècle. »

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