Phenix, la réponse made in France au gaspillage alimentaire !

Il a quitté le monde de la finance et son métier de banquier d’affaires pour mettre ses compétences au service d’une cause plus « juste » selon ses mots. À trente ans, Jean Moreau embrasse le pari de s’attaquer à la question du gaspillage alimentaire. Après avoir recyclé ses doutes pour en faire du compost, il co-fonde la start’up Phenix, pionnière dans la réduction du gaspillage. La magie opère puisqu’en quatre ans à peine, Phenix contribue à la redistribution de cent mille repas par jour et génère près de cinq millions de chiffre d’affaires.

Rencontre avec l’un des pionniers du XXIe siècle !

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Sans son audace, nos déchets ou invendus finiraient systématiquement dans un incinérateur. Depuis 2014, il a sauvé plus de 30 millions de repas de la benne à ordures qui ont directement été redistribués aux plus nécessiteux. Au-delà de cet impact social majeur, c’est aussi sur notre environnement direct qu’il agit. Chaque jour, il évite la destruction de soixante tonnes de déchets. Quant à son modèle économique solide, circulaire et innovant, il lui a permis de créer 75 emplois en quatre ans. Ce n’est qu’un début.

Son nom ne vous dit peut-être rien car ce n’est pas lui que les médias courtisent et célèbrent comme une icône nationale. Pourtant, Jean Moreau m’apparaît comme l’un des formidables ambassadeurs de la France qui se bouge, pionnière sur les solutions, encline à rayonner à l’étranger tout en poussant notre époque dans le bon sens !

Les règles du jeu ont changé !

Ce soir-là, je retrouve quelques discrets contributeurs du « Faire Mieux » lors d’un dîner sans fioritures organisé par « Thinkers&Doers », une organisation internationale qui met en relation celles et ceux qui pensent et agissent pour faire bouger les lignes à un moment de l’Histoire où de nombreux défis sont à relever.

Si Marc Simoncini (qui a décadenassé le marché de l’optique avec Seensee, la marque de lunettes 100 % française, fabriquée en circuit-court et respectant les engagements sociaux et environnementaux que l’époque appelle) est présent, le temps n’est plus aux convives célèbres, ni aux supers têtes d’affiche. Une nouvelle forme de leadership apparaît, faisant son lit dans un subtil mélange de décontraction, de volontarisme et de quête de sens.

Les règles du jeu ont bel et bien changé. Autour de moi, de nouveaux visages offrent à l’hexagone une autre image que celle d’un vieux pays flemmard et verrouillé. L’époque n’est plus la même. Cette effervescence ne peut être que féconde.

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Jean Moreau est mon voisin de table. C’est ma chance ce soir-là. Très vite, je m’aperçois qu’il est le genre de garçon dont l’énergie vous donne envie de raconter l’avenir autrement.

Mine juvénile, allure décontractée et sourire attentif, Jean se révèle être une formidable source d’inspiration. « J’ai quitté le monde de la finance pour celui des déchets, » m’annonce-t-il sans détour. Forcément, cela interpelle. Sa situation était très confortable et son métier plutôt prestigieux. En l’écoutant, je comprends vite que son désir était ailleurs. « Je souhaitais mettre mon énergie au quotidien dans ce qui m’anime vraiment, » reconnait-il. Il m’explique comment au fil du temps, il s’est rendu compte qu’il n’arrivait pas à se projeter dans un univers matérialiste et centré sur l’argent.

 « J’ai fait une prépa, une école de commerce. J’ai été attiré par la finance américaine. Et au bout d’un moment, je me suis dit que passer 15 heures par jour au travail, certes dans des bureaux prestigieux en chemise sur mesure, pour uniquement payer mes factures, mon emprunt, encaisser de l’argent, avoir des bonus et les dépenser l’été, c’était absurde ! » affirme-t-il, enjoué. « Je n’étais pas fondamentalement malheureux, mais j’avais besoin d’injecter une dimension d’intérêt général dans mon parcours, de faire quelque chose de constructif. Je voulais que mon métier ait de l’impact ! » Il me raconte sa démarche entre parcours du combattant et « quête de sens ».

 Toujours en poste, il commence à parcourir ses contacts LinkedIn à la recherche de perles rares, de profils inspirants, « plus sexys » précise-t-il. Il « grenouille » dans les forums spécialisés sur les sujets porteurs d’avenir, rencontre des entrepreneurs sociaux et échange sur les grands défis à relever et les solutions innovantes.

Très vite, il ressent que nous sommes au début d’une tendance de fond qui consiste à trouver un métier à vocation tout en ayant un objectif business permettant d’être créateur d’emplois. « Je sentais que nous étions au début d’une révolution et que les lignes allaient bouger. »

La poubelle doit devenir l’exception !

 Il décide de suivre son intuition et quitte la banque d’investissement américaine Merrill Lynch. En mars 2014, avec un capital de 1000 euros, il fonde avec son ami Baptiste Corval, la start’up sociale Phenix. L’entreprise a pour vocation de prendre à bras le corps la question du gaspillage en redonnant vie à tous les invendus alimentaires et non alimentaires. Sans retenue, il m’annonce qu’à ses yeux, au XXIe siècle, la poubelle doit devenir l’exception ! Pour cela, il décide de faire sienne cette devise de Lavoisier pour qui « rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. »

Phenix, le Meetic des produits invendus !

Jean m’explique alors que l’innovation de Phenix c’est d’appréhender différemment les déchets via une plateforme numérique en faisant se rencontrer l’offre et la demande. D’un côté les distributeurs partenaires de Phenix, comme aujourd’hui Franprix, Carrefour, Leclerc, Auchan, Casino, Intermarché, Super U, qui au quotidien souffrent d’un stock massif d’invendus, jusqu’alors bien souvent jetés, incinérés, enfouis et détruits.

De l’autre côté les associations caritatives comme la Banque Alimentaire, le Secours Populaire, Les Restos du Coeur et de nombreuses associations récupèrent les invendus pour en faire profiter leurs bénéficiaires. Le reste, impropre à la consommation humaine, est destiné à des zoos ou des fermes, à des filières de méthanisation et de compost.  « Une sorte de Meetic des invendus ! » dit-il en jetant un œil pétillant vers notre voisin de table.

Les déchets des uns deviennent la matière première des autres

« Nous diminuons ainsi le gaspillage en valorisant les déchets des uns, qui deviennent la matière première des autres, » se félicite-t-il. Jean précise qu’encore dix millions de tonnes d’aliments parfaitement comestibles sont gaspillées chaque année en France sur l’ensemble de la chaîne de production. « Lorsque l’on sait qu’une personne sur dix a du mal à se nourrir, ajoute-t-il, c’est une aberration ! »

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 Du parcours du combattant au cercle vertueux

Le fondateur de Phenix défend ce qui lui tient à cœur. Son histoire semble simple sur le papier. Mais comme dans toute aventure entrepreneuriale, cela a été « le parcours du combattant » avant de réussir à convaincre son premier client, Carrefour, de travailler avec Phenix. « Avec les grands groupes, il faut entrer par la porte, revenir par la fenêtre, réapparaître par la cheminée ! » reconnait-il maintenant amusé. Nous avons été introduits par la Fondation Carrefour, puis mis en avant sur un salon. Ensuite il a fallu rencontrer les opérationnels. Deux mois plus tard, les achats, et enfin le juridique. Tout cela a pris plus de dix-huit mois avant que nous ayons enfin le droit de pouvoir commencer à travailler ! » Une première alliance décisive déclenchant alors un cercle vertueux. « Après avoir signé avec un premier distributeur, les autres ont naturellement suivi. »

 Un modèle économique singulier

 Si à l’instar d’Optimiam ou To Good To Go de plus en plus d’acteurs participent désormais à réduire le gaspillage alimentaire, le succès de Phenix relève essentiellement de la pertinence de son modèle économique.

« Détruire les produits a un coût pour les entreprises. Nous leur faisons donc gagner de l’argent tout en les débarrassant de leurs déchets, » argue-t-il, mû par le désir de bousculer le vieux monde.

Et il fallait y penser ! Cette création de valeur se situe à la fois dans l’économie réalisée par la suppression de traitement des déchets opérée par des prestataires historiques comme Veolia – pour détruire une tonne de déchets organiques, il faut compter 120 euros environ. Et dans les 60 % de déduction fiscale dont les clients de Phenix bénéficient en donnant leurs invendus aux associations. Quand un supermarché propose par exemple sur la plateforme 100 € de produits invendus et qu’une association la réserve en ligne, il peut en déduire 60 €, montant sur lequel Phenix prélève une commission de 30 %.

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Le Monde ou rien !

 À la pertinence du modèle économique, s’ajoute un contexte politico-réglementaire porteur. La loi adoptée en mars 2016 interdit dorénavant aux grandes surfaces de plus de 400 mètres carrés de détruire volontairement des denrées encore propres à la consommation. Cependant, Jean se désole que cette loi soit encore trop peu appliquée. « La loi a permis de faire rayonner ce sujet dans les médias et donc de participer à la prise de conscience générale. En revanche, sur le terrain, il y a encore très peu de condamnations et d’amendes par manque de contrôle. Mais à défaut de mise en application du texte, cela nous a tout de même bien aidé à diffuser la bonne parole antigaspi, » reconnaît-il.

 Une dynamique d’évangélisation génératrice de fruits puisque Jean Moreau a su pousser cette pépite française au-delà de nos frontières. « Phenix est dorénavant présent en Europe principalement grâce à nos clients qui nous portent à l’international. » Mais son souhait le plus cher pour l’année à venir est de planter des graines aux États-Unis où, dépourvus d’alternatives, les volumes de gaspillage sont encore plus scandaleux. « En France, nous avons été visionnaires sur ce sujet ! On aimerait créer une licorne française et montrer que pour une fois la France a dix ans d’avance sur ses voisins et a eu un leadership sur un sujet clef pour l’avenir ! »

Sa conception du travail est presque sacrée et son enthousiasme est palpable. Déterminé, Jean souhaite que Phenix devienne d’ici quelques années une alternative à Suez, Veolia, Paprec. Mais son désir le plus profond est de donner une envie furieuse d’entreprendre à qui le souhaite dans le secteur du social business. « Nous sommes au début de la vague, c’est maintenant qu’il faut se lancer ! Il y a plein de business porteurs d’avenirs à créer et mille choses à faire. On n’est jamais aussi bon et motivé que lorsque que la cause qu’on sert nous plait ! »

En l’écoutant, je comprends que le XXIe siècle semble être à la recherche de ses nouveaux alchimistes et convoque une génération qui ne dit pas « j’aurais dû » mais décide de conjuguer le verbe faire au présent. Une génération durable probablement !

BONUS DES OPTIMISTES !

 

 

Un commentaire sur « Phenix, la réponse made in France au gaspillage alimentaire ! »

  1. Magnifique rencontre et si bien écrit et présenté.
    C’est un plaisir de vous lire même si j’ai beaucoup de retard.
    Je vous embrasse.
    Colette

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