Génération made in France !

Soutenir l’industrie nationale, faire renaître nos savoir-faire et relocaliser nos emplois tout en contribuant à un avenir moins destructeur des ressources et plus économe en CO2, tel semble être le défi d’une nouvelle génération d’entrepreneurs portant haut et fort les couleurs du made in France.

Rencontre !

Nous le savons, mais nous n’en avons pas toujours conscience : si la France regorge de savoir-faire précieux et possède un patrimoine artisanal exceptionnel, ceux-ci sont, pour beaucoup, en voie de disparition. En outre, nos importations, notamment depuis la Chine, alourdissent notre bilan carbone et, au passage, notre déficit commercial. Ainsi, pendant que les différents secteurs industriels multiplient les promesses de rendre leur production plus « éco-responsable », une nouvelle génération d’entrepreneurs retrousse ses manches et décide de fabriquer de manière éthique, juste et responsable, tout en cherchant à recréer des filières sur le point de disparaître.

C’est le cas de Florian Chosson que je rencontre ce matin. À 28 ans, cet ingénieur formé à l’école des Mines de Nancy, entend bien rebâtir une filière horlogère française.Il me confie qu’après un stage de fin d’études dans une maison horlogère suisse, il souhaitait travailler en France dans ce secteur. Seule ombre au tableau : en France, on ne fabrique plus de montres. « Au mieux on les assemble », déplore-t-il.

Rebâtir une filière horlogère française

Mais Florian n’est pas un promoteur de l’alarmisme ambiant. Au contraire, il fait partie de l’équipe de transition, celle qui agit au lieu de se plaindre. Et, le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il maîtrise son sujet. Il m’interpelle sur le fait que, depuis la crise du quartz, dans les années 70, la filière horlogère française est passée de plus de 50 000 emplois et 2 000 entreprises, à 2 000 emplois et une cinquantaine d’entreprises. « Ce qui est invraisemblable, précise-t-il, c’est que notre pays est le cinquième exportateur de composants horlogers du monde et détient un savoir-faire incontestable. » En effet, ce sont souvent de petites sociétés familiales françaises qui fournissent les mêmes pièces aux grands noms de l’horlogerie suisse depuis des années. « Au fil du temps, c’est navrant mais, nous sommes devenus le sous-traitant de la Suisse. »

Cet entrepreneur se lance alors le genre de défi dont l’époque est avide : « ma démarche consiste à relocaliser absolument toutes les étapes de production d’une montre au cœur de l’Hexagone afin de faire renaître le savoir-faire horloger français. »

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Avec Florian Chosson

À travers ce projet, Florian se pose en acteur du changement. Il défend une vision du monde plus équitable et redonne du sens à l’économie locale. C’est ainsi qu’en 2016, il crée la marque de montres Routine. Trois ans plus tard, et quelques nuits blanches, le pari est quasiment gagné : 86 % des composants des modèles Routine sont fabriqués en France, et 95 % du prix final des montres irriguent l’économie française. « De l’usinage des boites à l’assemblage des mouvements en passant par la fabrication des aiguilles et des cadrans, chaque étape de fabrication est issue du savoir-faire des derniers artisans et industriels horlogers français », conclut-il, mue par l’enthousiasme de celles et ceux qui bousculent la société dans le bon sens !

En outre, Routine est la première marque de montres certifiée Origine France Garantie, le label incontournable qui atteste de l’origine française d’un produit.

Réduire la distance entre le consommateur et le fabriquant

De son côté, Thomas Huriez n’est pas en reste. Le fabricant de jeans made in France mène de front plusieurs projets de développement. Avant lui, cela faisait bien longtemps que les « denims » (comprendre fabriqués près de Nîmes pour « denim ») ne provenaient plus de l’Hexagone.

À 26 ans, Thomas décide de transformer sa maison familiale située dans la Drôme en magasin baptisé Modetic. Mais son besoin de ne dépendre de personne (ses fournisseurs ont rapidement mis la clef sous la porte,) l’incite à créer sa propre marque : 1083. Un concept reposant sur la volonté de raccourcir la distance entre le consommateur et le fabriquant.  « 1083 km, c’est la distance séparant les deux villes les plus éloignées de l’Hexagone », m’explique-t-il.  Lancée grâce au financement participatif en 2013, Thomas lève ainsi plus de 100 000 euros pour financer les premiers pas de son entreprise. « Avec 1083, nous nous sommes immédiatement positionnés sur les jeans. Car c’est un symbole de pollution par excellence, notamment à cause d’une production gourmande en eau, du recours à la teinture et bien sûr, de la mondialisation. »

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Avec Thomas Huriez

Dès lors, cet entrepreneur à mission, n’a qu’une idée en tête : démontrer qu’une production de jeans locale et bio est possible. Un challenge qu’il relève avec brio puisque 1083 réalise à ce jour un chiffre d’affaires de plus de 8 millions d’euros avec 65 salariés. Et écoutant ce passionné, je comprends vite que c’est sur le terrain de l’innovation qu’il s’amuse le plus ! Car pour aller encore plus loin que la relocalisation, 1083 ambitionne de produire du coton. De toute évidence, si Thomas ne compte pas faire pousser du coton en France, il n’en reste pas moins sur le point de réaliser une utopie. « Nous allons devenir producteur de coton en réutilisant la matière première issue de vieux jeans », poursuit-il. En effet, après quatre années de recherche et développement sur le sujet, sa technologie d’extraction du coton a été lauréate du dernier concours innovation de l’Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Énergie. « Cette reconnaissance va nous permettre de financer près de la moitié des investissements nécessaire à l’industrialisation du processus prévue pour l’année prochaine ! » Il peut se féliciter.

Faire renaître la filière du lin

Dans son combat pour la relocalisation de nos filières, Thomas n’est pas seul. Il vient de s’associer avec Guillaume Gibault, l’inépuisable fondateur du Slip Français, qui génère aujourd’hui 110 emplois directs et flirte avec les 30 millions d’euros de chiffre d’affaires. Et avec Marion Lemaire Lacaux, créatrice de la marque Splice Paris, un vestiaire adulte éco-conçu en lin 100 % français. Réunis autour du collectif Linpossible, leur objectif commun est de faire renaître la filature du lin en France.

Le temps d’un déjeuner, je retrouve Marion, coordinatrice de ce projet, qui m’explique que la problématique du lin est l’exact contraire de celle du coton. « En France, nous cultivons du lin mais cette production est exportée à 90 % vers la Chine. » En effet, si la Chine compte beaucoup de filateurs à même de transformer la matière, il n’existe plus de filature de lin en France depuis 2005, lorsque l’entreprise française Safilin – leader européen de la filature – fut contrainte de fermer son usine du Nord. « Aujourd’hui, toutes les étapes de la transformation du lin sont réalisables en France à l’exception de la filature. » Voilà pourquoi le collectif, encouragé par des associations et des entreprises, affiche l’ambition d’amener d’autres marques à soutenir la renaissance d’une filature française. « Notre collectif a déjà anticipé un modèle économique », me glisse Marion.
« L
es marques qui nous rejoignent seront prêtes à « basculer » dans la filature française, dès que cette dernière sera mise en place ! »

D’après le collectif, le prix du lin filé dans l’Hexagone aura une valeur presque doublée par rapport aux productions réalisées à l’étranger. Mais, à l’heure où un Français sur quatre est prêt à payer plus cher un produit parce qu’il est français* – afin de participer au maintien de l’emploi, à la protection de notre environnement, et à la préservation de savoir-faire – le collectif se veut optimiste. « Nous proposons aux marques participantes d’intégrer dès à présent le surcoût dans le calcul du prix de revient de leurs vêtements en lin », ajoute la fondatrice de Splice Paris. Car pour ramener des outils de production en France, suffisamment de marques françaises doivent être en mesure de s’engager sur des commandes. Le message est passé.

 

Le made in France, n’est pas un énième argument marketing

À en croire cette nouvelle génération d’entrepreneurs engagés, après vingt ans de désindustrialisation, l’horizon semble s’éclaircir pour les entreprises françaises. Tous sont convaincus que les consommateurs, sont en phase de devenir des « consommActeurs » de plus en plus lucides des enjeux de l’époque. « Le made in France coûte entre trois et cinq fois plus cher. Mais nous sommes conscients que si aujourd’hui, nous pouvons acheter un tee-shirt à 5 euros c’est parce qu’il a été acheté à 90 centimes à l’autre bout de la planète et fabriqué dans des conditions que ni vous, ni moi, avons envie de voir », me confiera, quelques jours plus tard, le fondateur du Slip Français.

Le made in France, n’est donc pas un énième argument marketing. Derrière ce concept, il s’agit bien de recréer des filières qui ont presque disparu, de travailler en circuits courts, ainsi que de préserver notre environnement et nos savoir-faire. Pour cette nouvelle génération, c’est un véritable challenge. Et ces efforts ne sont pas vains. En effet, pour la première fois depuis quarante ans, les créations d’emplois en France, notamment dans l’industrie textile, ont dépassé le nombre de destructions. Un signal puissant augurant que le made in France, loin d’être un effet de mode, semble s’inscrire dans une dynamique pérenne.

* www.economie.gouv.fr/particuliers/produit-made-in-france

Article réalisé en partenariat avec Mif 360  & Peugeot

MiF360, une nouvelle approche de la communication du Made in France pour les PME/PMI, les artisans et les entrepreneurs français. De la plateforme média avec Made in France TV (YouTube), Made in France News (Twitter) et Made in France Book (Instagram) à des projets de communication, de partenariats et d’événements, MiF360 répond à toutes les demandes sous 48h et au juste prix !  Contact : info@mif360.com

LES LABELS OFFICIELS DU MADE IN FRANCE 

Quatre labels sont reconnus par l’état

  • l’Origine France Garantie
  • Entreprise patrimoine vivant
  • France Terre Textile
  • l’indication géographique : C’est le label le plus contraignant. Il n’y a à ce jour que 3 indications géographiques reconnues à savoir, le « granit de Bretagne » , la « porcelaine de Limoges » et les « sièges de Liffol ».

2 commentaires sur « Génération made in France ! »

  1. Toujours de magnifiques découvertes que vous nous apporter, comme sur un plateau. Merci Annabelle. Ce bonheur de découvrir des personnes dont la création et l’imagination font honneur à notre pays. Tout en étant profondément Européenne, j’aime et apprécie ce savoir faire Français que l’on a perdu mais que l’on redécouvre grâce à vous qui devriez être également mise en valeur…… Merci,

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  2. Toujours de magnifiques découvertes que vous nous apportez, comme sur un plateau. Merci Annabelle. Ce bonheur de découvrir des personnes dont la création et l’imagination font honneur à notre pays. Tout en étant profondément Européenne, j’aime et apprécie ce savoir faire Français que l’on a perdu mais que l’on redécouvre grâce à vous qui devriez être également mise en valeur…… Merci,

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