Comment le business va-t-il réparer le monde ?

 

 

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Les entreprises se saisissant de l’Agenda 2030 seront les fers de lance de l’économie de demain!

Depuis plusieurs mois, le discours apocalyptique fait florès et les prophètes de l’effondrement séduisent une audience de plus en plus impressionnante. Si la collapsologie (« to collapse » signifie « s’effondrer » en anglais) n’est pas une théorie récente*, les défis auxquels nous sommes confrontés ne relèvent pas de la fantaisie. Souscrire à l’alerte qui se matérialise en librairie à coup de millions d’exemplaires est une chose. Mettre en lumière les solutions pragmatiques, rationnelles et chiffrées qui sont à notre portée, en est une autre.

C’est un fait, même si la phase de mondialisation accélérée et la croissance rapide de ces trente dernières années ont permis à plus d’un milliard de personnes de sortir de l’extrême pauvreté, le monde fait face à des défis globaux inédits, intrinsèquement liés les uns aux autres, et qu’aucun pays n’est en mesure d’affronter seul. Inégalités croissantes, changement climatique, perte de biodiversité, raréfaction des ressources naturelles… ce sont précisément ces mêmes défis qui sont à l’origine des grandes peurs dessinant l’horizon politique de notre temps.

Il y a trois ans,  les chefs d’États et de gouvernements réunis au sein de l’Assemblée générale des Nations Unies ont adopté un plan d’action d’une ampleur jamais égalée. Ce plan vise à transformer notre modèle de développement dans un contexte dorénavant mondialisé : il s’agit des Objectifs de développement durable (ODD). Ces ODD, ne sont pas une initiative de Hobbits ingénus évoluant dans la vallée des licornes, comme j’ai malheureusement pu l’entendre. Ce sont 17 priorités mondiales interdépendantes, et 169 sous-objectifs appelés « cibles », recouvrant l’intégralité des enjeux de l’époque.

Web
Fondation Elyx

 

C’est dans ce contexte que l’Agenda 2030 a vu le jour. Cet Agenda est sur le point de redessiner tout le paysage économique, social et politique à l’échelle internationale. Aujourd’hui, entreprises, collectivités, citoyens et États ont dix ans pour faire converger leurs forces afin d’atteindre précisément ces 17 ODD. Réaliste, selon l’ONU la concrétisation de l’Agenda 2030 coûterait 3 000 milliards de $ par an, c’est-à-dire 3 % du PIB mondial.

Mais comment créer une dynamique de vulgarisation et d’appropriation des objectifs de développement durable par les territoires, la société civile, le secteur privé et les citoyens, lorsque le discours ambiant est principalement porté par des Cassandre diffusant le catastrophisme de façon délirante, en opposant bien commun et business ?

Ne plus opposer bien commun et business

En effet, pour impulser de nouvelles manières d’agir, de produire et de consommer à grande échelle, les entreprises sont incontournables. Les start-up ne sont pas les seuls leviers du changement. En effet, qui d’autre possède les moyens, les ressources et l’accès au marché ? Pour rappel, l’Agenda 2030 a été le premier agenda issu de l’Organisation des Nations Unies à souhaiter et encourager la participation et l’implication du secteur privé.
Mais, pour être en cohérence avec l’Agenda 2030, ces 17 priorités mondiales ordonnent la mobilisation totale de tous et au sein des entreprises, quitte à faire émerger un certain nombre de nouveaux business model.

C’est la raison pour laquelle le gouvernement français, profondément engagé dans cette démarche, a fixé une feuille de route nationale pour la mise en œuvre des ODD**. En outre, nous assistons au même moment à une explosion des départements RSE (responsabilité sociale des entreprises) qui prennent le lead au sein des entreprises. En effet, les démarches RSE, évaluant la prise en compte de l’impact des activités d’une entreprise sur l’environnement et la société, apparaissent comme l’un des leviers incontournables pour permettre la réalisation des ODD. Côté entreprises, au-delà de donner du sens à leurs activités, en ayant un impact positif sur la société et l’environnement, le fait d’intégrer les ODD au cœur de leurs stratégies constitue dorénavant une véritable opportunité de croissance.

Ce n’est peut-être pas un hasard si l’édition 2019 de LaREF (rencontre des entrepreneurs de France) était placée sous le thème : «  Nos Futur(s), climat, inégalités, conflits… Quel capitalisme demain ?  » No(s) Futur(s) est d’abord un clin d’œil au mouvement punk d’il y a 40 ans et à sa contestation de l’ordre établi – celui-ci prédisait l’effondrement rapide de l’Angleterre juste avant l’arrivée de Margaret Thatcher – mais aussi un message d’espoir porté par… les entreprises…

Car si la fin du monde est hypothétique, la mobilisation des entreprises, elle, est factuelle. À des années lumières de se contenter de plaider pour la baisse des charges et des impôts, les questions sociales et environnementales étaient au cœur de tous les débats.

La décroissance constitue l’assurance d’un chaos social

L’évènement – éco-conçu (et pas seulement pour faire sourire les Cassandre) – à fait la part belle à des invités inattendus comme le chef amazonien Almir Narayamoga Surui, considéré comme l’un des plus grands activistes d’Amérique du sud en faveur du climat. Au cours d’une démonstration magistrale, Bertrand Piccard, psychiatre, pilote et président de la fondation Solar Impulse, nous a rappelé que si la croissance quantitative constitue l’assurance d’un chaos environnemental, la décroissance, elle, constitue l’assurance d’un chaos social, avec un accroissement massif du chômage et un effondrement de l’encadrement des plus démunis. Voilà qui est dit. « Une troisième voie existe, souligne-t-il. Il s’agit de la croissance qualitative, consistant à remplacer les systèmes, les infrastructures et les produits inefficients, polluants et démodés par des équivalents modernes, efficients et protecteurs de l’environnement. » Nous y sommes.

Isabelle Kocher, la directrice générale d’Engie, a rappelé que son groupe était l’un des plus gros émetteurs de CO2 du monde. Lorsqu’en 2015 l’entreprise, fortement en décroissance, prend conscience qu’il ne s’agit pas là d’un modèle d’avenir, elle décide de l’inverser. Leur métier était de produire de l’énergie et d’être rémunéré pour cela. « Aujourd’hui, c’est l’inverse. Notre premier métier, c’est d’aider nos clients à consommer moins d’énergie et d’être rémunéré pour cela. À chaque fois que notre chiffre d’affaires augmente, cela veut dire que nous avons réussi à provoquer plus d’économies d’énergie. » En changeant de business modèle, l’un des plus grands acteurs de l’énergie du monde a ainsi vu son émission carbone diminuer de 50 % et sa croissance repartir à la hausse.

Ainsi, en décidant de faire partie de la solution plutôt que du problème, Engie a transformé son métier. Celui-ci ne consiste plus à produire un maximum d’énergie possible mais à aider tous ses clients, industriels et collectivités, à mettre en œuvre des business model zéro carbone et compétitifs. Il s’agit là de la fameuse « croissance qualitative » évoquée par Bertrand Picard.

Pour la ministre de la Transition écologique, Elisabeth Borne, « le marché a longtemps ignoré les atteintes à l’environnement ». Mais dorénavant, « opposer transition écologique et efficacité économique est stérile et contre-productif ».  Un propos qui illustre parfaitement la démonstration pragmatique de la directrice RSE de Thales. « Ces dernières années, affirme-t-elle, l’entreprise s’est rendu compte du cercle vertueux, notamment en termes de business, de la démarche consistant à la réduction de notre empreinte carbone, l’éco-conception de produits ou la création d’outils destinés à améliorer l’empreinte de nos clients industriels. »

Se mobiliser pour démontrer que le monde ne va pas s’effondrer 

Véritable source d’inspiration, Virginie Raisson-Victor, géopolitologue spécialisée en prospective, se souvient que jadis, l’avenir était considéré comme meilleur et porteur de progrès. « Or les jeunes d’aujourd’hui, s’alarme-t-elle, entendent parler d’effondrement. Il est urgent de se mobiliser pour démontrer que le monde ne va pas s’effondrer ! » Avant d’ajouter que dans le contexte actuel, il est aussi vital d’adhérer à un projet commun. 

Conscientes des enjeux de l’époque, LaREF en veut pour preuve les engagements « chiffrés, vérifiables et contrôlables » des entreprises dans la lutte contre le changement climatique, indissociable de celle des inégalités. C’était d’ailleurs l’objet de la présentation, en clôture, de la nouvelle version du French Business Climate Pledge***.

Lancée lors du One Planet Summit en décembre 2017, cette initiative a donné des résultats plus rapides que prévu avec des investissements de plus de 60 milliards d’euros dans les solutions bas carbone, et s’enrichit aujourd’hui de nouveaux investissements (dont près de 10 milliards de plus pour les énergies vertes) en regroupant désormais 99 entreprises françaises.

PLEDGE2019
French Business Climate Pledge : 99 entreprises françaises représentant 1 650 milliards d’euros de chiffre d’affaires et 6 millions d’emplois au plan mondial.

À qui souhaitons-nous donner les clefs de notre futur ?

Si on ne peut pas reprocher aux collapsologues d’avoir propagé la question de l’urgence écologique auprès d’un large public, il est maintenant nécessaire de s’attaquer à ses causes réelles plutôt qu’à sa traduction émotionnelle. Avant de sur-réagir, il est indispensable de comprendre que nous devons accepter de vivre cette période de transition avec toutes les contradictions que celle-ci implique. C’est pour cela qu’une feuille de route existe. Il nous appartient à tous de nous l’approprier.

Selon le dernier sondage Ifop, « Les Français et les Objectifs de développement durable », seulement 7 % de nos citoyens savent précisément de quoi il s’agit.  Or, pour construire le monde que nous appelons de nos souhaits, nous devons nous saisir de cette boite à outils exceptionnelle. Et il ne s’agit pas tant d’écologie que de bon sens.

C’est ainsi, qu’il y a quelques semaines, lors de l’anniversaire des ODD, Philippe Saurel, le Maire de Montpellier, a présenté le Manifeste de Montpellier, pour une ville écologique et solidaire****. Issu d’un travail de prospective, ce programme rend compte de cinq nouvelles ambitions de la ville, légitimées par l’urgence climatique. Elles inscrivent, ainsi la ville de Montpellier dans le cadre de l’Agenda 2030 des Nations-Unies.

En s’alignant avec l’Agenda 2030, les entreprises, collectivités, et citoyens  disposent d’un plan inédit, précis et rationnel. En France, un mouvement de fond est à l’œuvre. Face à la croissance quantitative qui nous conduit inexorablement dans le mur, des entreprises pionnières s’engagent et entraînent dans leur sillage une dynamique qui ne fera que prendre de l’ampleur, à condition que nous soyons capables d’imaginer un autre monde que celui dans lequel les Cassandre nous donnent l’impression d’être condamnés à vivre.

Annabelle

 

* Pour en savoir plus : Deux universitaires canadiens proposent, sur le site Areo, une analyse des essais qui peuvent être considérés comme ayant anticipé la vogue collapsologique actuelle. C’est ici!

**Voici le lien de la nouvelle feuille de route pour accélérer les transformations de la France. C’est ici!

***Pour découvrir le French Business Climate Pledge, c’est ici!

****Pour découvrir le Manifeste de Montpellier pour une ville écologique et humaniste , c’est ici! 

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