À 29 ans, il fonde Tomorrow pour nous permettre de maîtriser notre impact carbone !

Éclairer les citoyens, les entités privées et les politiques sur l’impact carbone des décisions que nous prenons au quotidien, tel est le défi d’Olivier Corradi. À 29 ans, cet entrepreneur de la Tech For Good, s’est attaqué à la question du réchauffement climatique en créant Tomorrow. Cette start-up indépendante a pour objectif de devenir la référence mondiale pour la quantification carbone de l’électricité en temps réel.

Youth We Can ! est allé à sa rencontre.

Tomorrow Team Color Outside (2 of 4)
Dans un monde qui tend à tout électrifier, alors que 80 % de l’énergie mondiale provient de carburants fossiles, il est quand même nécessaire de savoir d’où vient notre électricité

Bonjour Olivier, peux-tu te présenter en quelques mots ?

Je suis Franco-Danois, après avoir grandi en région parisienne, j’ai entrepris des études de maths au Danemark. J’ai ensuite intégré Centrale Paris, avant de retourner au Danemark pour travailler dans le secteur des énergies renouvelables. J’ai alors travaillé dans le champ de la recherche chez IBM et Google, avant d’intégrer Snips, une start-up française dans le domaine de l’intelligence artificielle.

À quel moment as-tu eu envie d’entreprendre en créant ta propre start-up ?

Il y a 3 ans, j’ai quitté Snips avec la volonté de mettre mes compétences au service de la lutte contre le changement climatique. À mes yeux, c’est le plus grand défi de notre génération. Alors, je me suis dit que si on voulait pouvoir quantifier les externalités négatives de nos modes de vie pour mieux les combattre, il fallait pouvoir comptabiliser facilement l’empreinte carbone de toutes les décisions que l’on prend, que ce soit au niveau individuel ou dans son entreprise.

Quel a été pour toi le déclic pour agir ?

Il est venu de mon envie de savoir ce que moi, à mon échelle, je pouvais faire pour combattre le changement climatique. Je voulais pouvoir me situer et me rendre compte de la distance qui me séparait d’une vie bas carbone, connaître mes émissions pour pouvoir les limiter. Beaucoup de personnes pensent qu’elles ne peuvent rien changer à leur niveau  et que ce sont les politiques qui doivent changer, par exemple à travers la mise en place d’une taxe carbone. D’autres pensent que chacun est responsable à l’échelle individuelle. Tomorrow propose une vision intermédiaire.

Nous sommes convaincus que comprendre par soi-même les émissions de carbone auxquelles on est associé et transmettre cette information autour de soi constitue un premier levier pour changer les choses.

Plus concrètement, comment se traduit cette idée ?

Je souhaitais qu’il soit aussi facile de se représenter ce à quoi correspond 10g de CO2 que 10 euros ! L’idée initiale était qu’on arrive tous au même niveau de compréhension et de repères qu’avec la monnaie. C’est à partir de ce constat que j’ai créé ElectricityMap : une carte interactive qui montre l’origine de l’électricité que nous consommons.

Les utilisateurs peuvent constater en temps réel l’impact sur le climat de la production électrique, à travers les émissions de gaz à effet de serre, par zone géographique ou pays. Via un jeu de couleurs, les internautes peuvent instantanément visualiser si leur pays privilégie des productions bas carbone, du renouvelable, du gaz ou du charbon pour produire son électricité.

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En quoi consiste le projet Tomorrow ?

Le projet sur lequel nous travaillons ira plus loin. C’est une application qui calcule automatiquement les émissions de carbone des individus. L’application se connecte à des services dont l’utilisateur se sert déjà. Par exemple, si j’effectue un trajet en Uber, l’application le détecte et calcule les émissions carbone associées. Puis, elle traite ces données pour avoir une cartographie des émissions de la personne, et par extension, des entreprises. Pour beaucoup d’entreprises, les émissions carbone sont en réalité la somme des émissions de carbone de leurs employés.

Notre objectif est de permettre à nos utilisateurs d’être en mesure de modifier leur comportement, comme décider d’utiliser l’électricité à un moment de la journée où son contenu carbone est plus faible.

Cette nouvelle application va permettre de connaître son bilan carbone par son usage domestique, son alimentation, son mode de transport… Concrètement, si je branche ma voiture électrique sur une prise de ma maison, je vais pouvoir savoir d’où provient mon électricité et de combien d’émission de gaz à effet de serre je suis responsable. De plus, la nouvelle application déterminera le bilan carbone de la voiture électrique en ne prenant pas simplement en compte l’origine de l’électricité mais aussi l’empreinte carbone de la manufacture et du recyclage de la batterie elle-même.

Comment fonctionne ce logiciel ?

C’est assez technique. Nous utilisons beaucoup les données ouvertes. Avec l’autorisation de l’utilisateur, nous nous connectons au service qu’il utilise. Par exemple, nous pouvons nous connecter à Uber, pour récupérer ses données. Il y a beaucoup de partenaires potentiels qui ont des déclarations d’API * ouvertes. Pour les identifier, nous avons un écosystème de contributeurs bénévoles qui identifient toutes les API qui sont ouvertes, et qui nous aident à coder des systèmes connectés à ces API et qui vont récupérer les données. Cela nous permet de créer un mouvement de developpers engagés à une échelle importante, soit un projet communautaire très fiable, transparent et basé sur le consensus.

Quid de la vie privée des utilisateurs ?                     

Si notre application doit connaître l’ensemble de vos activités pour avoir une bonne représentation de vos émissions de carbone, il est crucial que votre vie privée soit respectée. Pour cela, c’est l’application directement qui se connecte aux sources de données, mais l’information ne passe pas par nos serveurs. Nous ne stockons pas les données.

Si vous ne vendez pas les données, quels sont vos leviers financiers ?

C’est une question qu’on nous pose souvent ! On a eu de la chance car avec le premier projet Electricity Map, nous avons eu énormément de visibilité. C’est en effet une application qui est  entièrement gratuite et traduite dans une vingtaine de langues. Elle est actuellement utilisée par 5 000 personnes tous les jours. On a également réussi à toucher des politiques, comme Emmanuel Macron, lors de sa venue à Copenhague. Grâce à cette publicité nous avons réussi à développer des partenariats avec de grands groupes et à décrocher des projets de recherche qui ont permis de financer l’entreprise dans ses premiers jours. Nous avons par la suite obtenu des subventions publiques d’État. Dans un troisième temps, nous avons développé une offre commerciale autour du projet Electricity Map, que l’on propose aux entreprises qui ont une consommation d’électricité flexible. Si l’entreprise est active dans le secteur de la mobilité par exemple, nous sommes en mesure de la conseiller sur  le meilleur moment pour charger une voiture électrique.  Cette offre commerciale nous permet de financer une équipe de trois personnes, que nous souhaitons agrandir.

Quel rôle veux-tu donner à ton projet ? Veux-tu en faire un outil d’information ? De sensibilisation ? D’action ?

Il y a trois étapes. La première, c’est l’éducation. Par exemple, après avoir fait nos courses, nous recevrons une notification qui nous indique que l’on vient de dépenser tant d’émissions carbone. La deuxième étape, c’est la réduction. Une fois que nous avons notre note de course qui indique nos émissions, nous pouvons voir d’où viennent ces dernières et ainsi modifier nos comportements. Le troisième volet est celui de la compensation carbone qui permet de subventionner des projets qui réduisent des émissions de carbone ailleurs, pour compenser les émissions d’une personne ou d’une entreprise. Sur ce dernier point, nous avons commencé à travailler avec des partenaires qui partagent les mêmes valeurs que nous. C’est insuffisant pour le moment car il faudrait 100 ans à certains projets pour compenser un voyage en avion. De plus, la plupart des projets de compensation sont à l’étranger. Or, d’une façon générale, la notion de distance tend à limiter de facteur d’engagement.

Un message à faire passer ?

Soyons clairs, dans un monde qui tend à tout électrifier, alors que 80% de l’énergie mondiale provient de carburants fossiles, il est quand même nécessaire de savoir d’où vient notre électricité !

Or, aujourd’hui, le marketing tend à prendre le dessus sur la pensée scientifique ou sur la quantification des impacts.

Ce qui nous importe le plus, c’est d’avoir une fondation scientifique  par rapport aux données que l’on dévoile, afin d’éviter que certains débats soient idéologisés au détriment des faits.

*Il s’agit d’une interface de programmation : Une façade clairement délimitée par laquelle un logiciel offre des services à d’autres logiciels.

Oliver Corradi a reçu le prix de la start-up de l’année par la Chambre de commerce franco-danoise en 2018 et Checknews de Libération a également confirmé le sérieux de l’application.

BONUS DES OPTIMISTES!

Pour comprendre le changement climatique, Tomorrow vous offre ce guide : C’est ici!

 

 

 

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