Amis virtuels, si vous m’entendez …

Hyper connectée, twittant à jets continus, happée par le web, toujours les yeux rivés sur mes écrans, il y a quelques mois, j’ai décidé de faire une halte. « Pouce ! » Comme nous le disions à une autre époque.

Cela a commencé l’hiver dernier. Un homme a attiré mon attention. Cet homme, c’est un peu l’apprenti sorcier qui déplore avoir inventé un monstre. Et la créature s’appelle Facebook. En décembre, Chamath Palihapitiya, l’ancien vice-président en charge de la croissance et de l’audience de ce réseau tentaculaire, a exprimé son « immense culpabilité : Nous avons créé des outils qui déchirent le tissu social. » (Smiley). L’objecteur de conscience préconisait une halte. (Double smiley). Ces aveux ont retenti comme un soulagement. Oui, il m’est arrivée d’être bercée par l’illusion que celui qui n’est pas omniprésent sur les réseaux sociaux ne peut être que personne.

Jeter mon smartphone dans la Seine fut ma première envie avant d’admettre que si je n’avais pas de blog, et que ces outils – utilisés avec sagesse – n’étaient pas de précieux alliés, cela ferait longtemps que je serais partie de Facebook, Twitter et Instagram. De l’air !

Pourtant, jouer le Robinson volontaire en m’exilant dans un monde à l’écart n’a jamais été mon truc. Et refuser l’hyperconnectivité galopante pour m’installer en plein no man’s land, sans tous ces « trompe l’ennui » qui nous éloignent de nous-mêmes n’était pas mon premier choix. Ma solution fut alors de me réfugier dans la vraie vie. Loin des trolls et des faux partages. Le temps pour moi de me « déprogrammer » de ces jugements à l’emporte-pièce, de ces like, fake news et autres smiley.

Ce cortège de réjouissances s’inscrit dans une spirale addictive (dont le sevrage ne génère pas de manque, qu’on se le dise !), déforme la réalité, empêche la moindre prise de recul et annihile notre bon sens.

À l’horizon, se profile discrètement la victoire de l’aliénation collective sur la réflexion individuelle. Celle de l’immédiateté sur le temps long.

Un monde hystérique où les contenus triés pour coller à nos centres d’intérêts par la magie des algorithmes (#Abracadabra), nous font perdre tout contrôle sur l’information, c’est-à-dire, sur la réalité. En outre, ne plus être exposé aux idées contradictoires diminue notre seuil de tolérance et notre ouverture d’esprit. Tout un programme !

Je ne m’étendrais pas sur cette maladie tristement contagieuse : l’injonction à consommer toujours plus pour être de plus en plus conforme. Le tout, en jetant nos vies privées en pâture. Instagram si tu m’entends. Devenir un super zombie ou un clone des autres, les réseaux sociaux se soucient chaque jour de nous proposer un choix cornélien !

L’empire des modifications comportementales

« Nous avons créé des boucles de feedback conditionnées à la dopamine, qui détruisent la manière dont la société fonctionne » poursuit Chamath Palihapitiya, s’en référant au bouton “J’aime”. Rappelant que ces interactions limitent « les échanges et la coopération » et renforcent « la désinformation et les fausses vérités. » Un problème global,  selon lui, surtout lorsque le 2.0 agite volontairement sa muleta rouge pour nous faire surréagir sur des contenus déclenchant d’interminables polémiques.

Toute l’incommunicabilité du monde d’avant se résumerait-elle aujourd’hui en un tweet ?

Au TEDx de Vancouver où il intervenait en avril, Jaron Lanier, considéré comme l’un des pionniers de la réalité virtuelle, déplorait combien le rêve d’un Web libérateur des savoirs, où tout devait être gratuit et accessible à tous, est devenu un sombre moyen d’obtenir toujours plus de pouvoir. Car quand tout est gratuit, il faut bien trouver quelque chose à vendre. Et c’est bel et bien pour trouver un modèle économique pérenne que Google et Facebook ont naturellement opté pour un modèle publicitaire. Présentement, ça commence à coincer.

« Au début, c’était mignon » raconte-t-il. « Mais à mesure que les machines et les algorithmes sont devenus plus performants, Google, Facebook et consorts ont proposé des services qui n’ont plus grand chose à voir avec ce qu’il convient d’appeler “ publicité ”. » Jaron Lanier met en lumière comment la collecte des data s’est muée en traque systématique, dépassant l’usage de la catégorie socio-professionnelle pour infiltrer celui de nos valeurs, de notre état d’esprit afin de nous adresser la meilleure publicité au meilleur moment.

Sans revenir sur l’affaire Cambridge Analytica, ces outils peuvent aller jusqu’à corrompre nos processus électoraux.

Son diagnostic est donc sans appel. Nous ne devrions pas parler de réseaux sociaux mais « d’empire des modifications comportementales ». Il ne vilipendera personne mais souhaite que la chose soit admise par tous. « Reconnaître cela, peut permettre d’envisager des solutions. » Opter pour un autre modèle ne sera pas facile mais n’est pas inenvisageable car d’autres l’ont déjà fait. À L’instar de la télévision dont les acteurs historiques se sont construits sur un modèle de gratuité reposant sur la publicité, Amazon et Netflix ont su démontrer la pertinence d’un modèle payant.

« Mais si rien ne se passe ? » aimerais-je lui susurrer à l’oreille. Son conseil sera sa conclusion : « Delete your accounts » !

En attendant que le vent souffle sur les principaux acteurs du numérique qui se retrouvent aujourd’hui face à leur responsabilité sociale, il m’apparaît nécessaire lorsqu’il y a surchauffe, de se réfugier dans sa free-zone, loin de la culture du “j’aime” ou tout le monde valide tout le monde, de mettre sa vie en mode mute, ne serait-ce que pour quelque temps.

Et vous, êtes-vous prêts à débrancher d’une quête de like impossible à assouvir ?

Annabelle

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5 commentaires sur « Amis virtuels, si vous m’entendez … »

  1. Comme la personne précédente, je ne peux que vous likez Annabelle. D’abord , je vais le dire sans franciser ce verbe anglais en verbe du premier groupe. Je vais employer le verbe aimer, pour vous dire que j’apprécie, et ça vous le savez, tous vos écris.
    Oui ne pas se laisser influencer par des instagrameurs négatifs…. mais prendre ce qui est beau pour justement embellir notre vie et la transformer également pour les autres.
    En vous suivant , c’est ce que j’ai découvert depuis 4 années.
    Merci de vos écrits, que j’aime toujours autant car je sais que ce ne sont pas que des mots….
    Belle journée à vous.

    Colette

    Aimé par 1 personne

  2. Dire ce qu’on a dans le cœur, chercher la vérité là où elle se trouve, traquer le mensonge qui mine les relations entre les gens , aimer son prochain ,bien le traiter comme on aime être traité soi-même, c’est cela le bien-vivre.

    J'aime

  3. Merci Annabelle pour la «  piqûre de rappel ».
    Vos posts sont toujours passionnants de découverte et d espoir!je ne peux m empêcher de vous suivre et de vous «  apprécier « ! Continuez à nous ouvrir les yeux et la conscience.
    Nadia

    Aimé par 1 personne

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