Élever son robot pour reprendre le contrôle sur l’information. Le pari de Benoît Raphaël !

Comprendre les enjeux de l’intelligence artificielle et replacer l’humain au cœur de la technologie, Benoit Raphaël est intarissable lorsqu’il évoque ces sujets ! Expert en innovation digitale, si nous lui devons déjà des sites d’opinions comme LePost.fr, Le Plus de l’Obs ou encore Le Lab d’Europe 1, c’est avec passion qu’il nous présente aujourd’hui sa dernière innovation, Flint : un robot humaniste, gratuit et accessible à tous.

Son objectif ?

Nous permettre de reprendre le contrôle de notre consommation d’information et nous rendre plus autonomes face aux algorithmes, qui nous éloignent de toute idée nouvelle ou contraire à notre point de vue.

Demain tous éleveurs de robots ?

« Si nous craignons que les robots nous remplacent, c’est peut-être parce-que nous nous comportons comme des robots. » 

Avec le développement des réseaux sociaux, la société devient de plus en plus transversale et de moins en moins hiérarchique. Aujourd’hui tout le monde est potentiellement un média. Faut-il s’en réjouir ?

Le partage du pouvoir et du savoir m’a toujours semblé plus souhaitable que leur appropriation par quelques-uns. C’est pour cette raison que j’ai très tôt contribué à créer des médias collaboratifs. Puis les réseaux sociaux ont pris la suite.

Aujourd’hui tout le monde peut prendre la parole et se créer sa propre audience.

Résultat, en 15 ans, l’information est devenue beaucoup plus riche qu’elle ne l’était auparavant lorsque nous n’avions accès qu’aux journaux télévisés ou papier. Cette richesse de points de vue, de témoignages ou d’analyses est essentielle au bon fonctionnement d’une démocratie moderne.

Pourtant, trop de data, trop de données, entre infobésité et breaking news, tu évoques souvent un monde de plus en plus complexe. Qu’entends-tu par-là ?

C’est le revers de la médaille. Le monde nous apparaît plus complexe parce qu’il est de plus en plus interconnecté. Faut-il s’en plaindre ? Nous découvrons que la vérité n’est pas noire ou blanche. Elle est comme un diamant. Nous sommes en train d’en découvrir les mille facettes. Et plus nous produisons de contenus, plus cette réalité se complexifie. Avec le risque d’être confronté aux rumeurs et aux intox. Il ne faut pas s’en plaindre, mais nous adapter.

Quelles sont les conséquences de cette surabondance d’informations ?

L’une des conséquences, c’est que cette profusion entraine une grande opacité et, au final, une forme de nivellement de la qualité.

L’autre conséquence, plus grave, c’est que nous risquons de ne plus savoir qui dit la vérité. Et donc, de ne plus faire confiance à personne. Ce qui était une chance pour la démocratie est en train de devenir un danger. On l’a vu ces derniers mois avec l’explosion du phénomène des fake news qui a perturbé les élections présidentielles américaine et française.

La technologie est-elle en mesure de remettre un peu d’ordre dans tout cela ?

Les moteurs de recherche et les réseaux sociaux proposent de trier pour nous cette profusion d’informations. Au début, le moteur de recherche de Yahoo était une sorte de catalogue créé par des humains, puis Google est arrivé avec sa technologie. Ce qui a permis à des millions de blogueurs inconnus de faire connaître leurs idées. C’était nécessaire au début, mais cela a fini par créer l’effet inverse. C’est ce que j’appelle l’effet « machine à laver ».

Sur Internet, l’info nous parvient désormais à travers le filtre des algorithmes. Or aujourd’hui, quand ces algorithmes ne nous poussent pas vers de fausses informations, ils nous enferment dans ce qu’on appelle les bulles de filtre.

Les algorithmes nous éloignent de toute idée nouvelle ou contraire à notre point de vue.

C’est à dire qu’en voulant toujours plus personnaliser, ils nous éloignent de toute idée nouvelle ou contraire à notre point de vue. Et puis, il y a toujours cette question que l’on finit par se poser : si les algorithmes servent d’aiguillage à  l’information, qui aiguille les algorithmes ? Et dans l’intérêt de qui ?

La question de la confiance est devenue une question centrale aujourd’hui, et pas seulement dans le domaine de l’information.

Est-ce pour cette raison que tu as eu l’idée étonnante de créer un robot ?

L’idée de Flint est née de ce constat : que les algorithmes ou que les humains seuls ne pouvaient plus nous aider à détecter ou à trier l’information de qualité. Pire, ils contribuent à nous rendre à nouveau passifs, alors que c’est tout le contraire de la promesse d’Internet. En même temps, personne n’a envie de revenir en arrière et de se couper de cette richesse de points de vue apportée par les réseaux sociaux.

Avec mon associé Thomas Mahier, ingénieur en big data et en intelligence artificielle, nous nous sommes dit qu’il fallait trouver une nouvelle solution. Nous avons testé toutes sortes d’algorithmes et avons conclu, compte tenu de la masse d’informations qui submerge le réseau, que chaque individu devrait idéalement pouvoir bénéficier d’une rédaction de dizaines d’humains experts pour trier pour lui l’information qui lui serait vraiment utile. Évidemment, c’est impossible.

Alors, nous nous sommes demandés si nous ne pouvions pas remplacer cette rédaction personnelle par l’intelligence artificielle.

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Benoît Raphaël et Thomas Mahier

Cette intelligence artificielle porte un prénom, Flint ?

Oui. Flint est une intelligence artificielle, un « robot » qui fonctionne comme un humain doté de super-pouvoirs.

Tous les jours, Flint est en mesure de m’envoyer une sélection personnalisée d’articles de qualité, dans une simple newsletter, comme le ferait un ami. Un ami qui me connaitrait bien.

Comment Flint peut-il déterminer ce qu’est un article de qualité et nous permettre de sortir de la bulle dans laquelle les algorithmes nous enferment ?

La qualité ne peut pas se définir de façon universelle, c’est pour cela que les algorithmes sont impuissants. Nous avons tous nos propres critères de qualité et encore, nous ne savons pas toujours ce qui est bon pour nous. Flint apprend donc d’abord à nous connaître. Il prend note des articles sur lesquels nous cliquons et il les compare ensuite à d’autres personnes qui ont cliqué ou partagé ce même article, ou un article similaire, sur Twitter. Mais il ne s’arrête pas là.

Pour ne pas nous enfermer dans une sorte de miroir déformant, il nous provoque en faisant un peu jouer le hasard. Ce faisant, il nous pousse en permanence à explorer de nouvelles idées et thématiques.

C’est donc un travail d’équipe avec l’intelligence artificielle. D’ailleurs, tu te définis toi-même comme un éleveur de robots ?

Avec Flint, tout le monde est éleveur de robot !  Pour comprendre ce nouveau paradigme, il faut bien saisir la différence entre un algorithme et une intelligence artificielle.

Un algorithme se programme. Il tente d’identifier par exemple des articles intéressants pour nous en fonction de critères préétablis (mes amis, mes centres d’intérêt, des critères « universels » de qualité…). C’est pour cela qu’ils peuvent dériver et nous enfermer.

Au contraire, l’intelligence artificielle ne se programme pas, elle s’éduque. Pour cela elle a besoin des humains.

Les robots apportent la puissance nécessaire pour traiter des millions d’informations, les humains apportent la conscience pour aider l’intelligence artificielle à déterminer ce qui, pour nous, est de la qualité.

Pour apprendre à Flint ce qu’est la qualité, nous ne lui décrivons pas la qualité. Nous lui montrons ce qui, pour nous, est de la qualité, et nous le laissons tirer lui-même les conclusions. C’est essentiel.

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Quelle est la singularité de Flint et à qui s’adresse-t-il ?

Sa principale singularité, c’est sa capacité à apprendre par lui-même. Un algorithme suit les règles aveuglément, une intelligence artificielle apprend en permanence et s’adapte. Un peu comme le ferait un enfant.

Flint s’adresse à tout le monde. C’est pour cela qu’il est gratuit.

C’est un compagnon qui nous invite à partir en quête. Cette quête, c’est la reprise du contrôle de notre consommation d’information. On s’est rendu compte en échangeant avec les utilisateurs que l’enjeu n’était pas tant de trier l’information intelligemment que de permettre à chacun de reprendre le contrôle en éduquant lui-même son intelligence artificielle personnelle. On en revient à la notion de confiance bien plus importante que la notion de performance.

Reprendre le contrôle de notre information, regagner en confiance et en autonomie, c’est un projet ambitieux…

Évidemment. Cette quête doit donc s’envisager sur le long terme. Flint ne vient pas avec une solution, mais avec une ambition. Nous pensons que pour reprendre le contrôle de notre information dans un monde de plus en plus complexe, il est essentiel de prendre le temps. Prendre le temps signifie se le réapproprier. Il y a une dimension pédagogique très forte dans le projet Flint.

Flint peut-il nous prévenir des fake news ?

C’est l’un de nos objectifs. Nous avons tenté une expérience récemment en créant un robot dédié aux fake news grâce à l’aide des étudiants en journalisme de l’ESJ Paris. Nous l’avons appelé le Darkbot. Il ne peut pas vérifier les infos en temps réel car c’est impossible, mais il peut identifier les profils de ceux qui les diffusent et alerter Flint à temps !

Tu précises souvent que Flint fonctionne comme un être humain. Qu’entends-tu par-là ?

Flint s’appuie sur de nombreuses technologies. Parmi elles, l’apprentissage automatique (Le Machine Learning) et l’apprentissage profond (Le Deep Learning). Ce dernier utilise des algorithmes d’apprentissage que l’on appelle les réseaux de neurones (Neural Network) qui s’inspirent du fonctionnement du cerveau humain.

C’est un peu complexe à expliquer. Disons qu’avec les réseaux neuronaux, la capacité d’amélioration est infinie. Car l’intelligence artificielle réfléchit en multipliant les connexions pour atteindre un résultat. La seule barrière, c’est la puissance de calcul.

Flint est-il un robot humaniste ?

Oui ! C’est pour cela qu’il s’est enfui du monde des robots pour rejoindre celui des humains !

Son objectif est de nous rendre plus intelligents, et plus autonomes par rapport aux algorithmes. Il veut nous aider à appréhender un monde qui va de plus en plus vite en nous apportant sa puissance de calcul, mais en nous laissant l’initiative de la qualité.

Il agit comme un partenaire. Il nous augmente sans nous remplacer. L’objectif de Flint est de replacer l’humain au cœur de la technologie.

 

FLINTEHAPPE

Flint a des petits frères me semble-t-il ? Quels sont les autres robots que tu nous proposes ? À qui s’adressent-ils ?

Il y a d’un côté Flint que chacun peut éduquer et de l’autre des robots qui ont été éduqués par des experts. Un peu comme si tu avais la possibilité de créer tes propres playlists musicales et qu’on te proposait à côté de t’abonner à des playlists créées par des experts dans un domaine particulier.

Si l’usage de Flint est gratuit, quel est ton modèle économique aujourd’hui ?

Flint propose une expérience d’information différente et collaborative. Mais il reste très éclectique et généraliste.

Pour ceux qui veulent aller plus loin, nous allons proposer d’adopter des robots pré-entrainés par des experts (ou par Flint lui-même) sur des thématiques de niche. Mais au lieu de simplement s’y abonner (comme aujourd’hui), ils pourront les faire évoluer pour qu’ils leur rendent service dans leur activité.

Un peu comme des assistants qui te feraient gagner une à deux heures de veille par jour. Ces « bébés » robots arriveront prochainement, prêts à être adoptés par les humains !

La bonne nouvelle c’est que chacun pourra adopter le robot de son choix et proposer de payer selon ses moyens. Pour les entreprises qui souhaiteraient adopter des robots plus spécifiques, nous proposons déjà des solutions.

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Comment Flint est-il perçu dans le milieu journalistique, à l’heure où cette profession n’est pas au meilleur de sa forme ?

Flint pose plus de questions qu’il n’apporte de réponses. C’est aussi son rôle : réveiller les consciences, nous interroger sur le monde que nous sommes en train de construire et nous permettre de mieux comprendre l’enjeu de l’intelligence artificielle.

Élever un robot permet de démystifier ce que nous mettons derrière ce terme.

Et de nous permettre de vivre une expérience avec une intelligence artificielle de façon collaborative et communautaire.

Pour répondre plus précisément à ta question, Flint ne fait pas le travail des journalistes, il permet de mettre en valeur les articles de qualité écrits par des journalistes dans un monde saturé d’informations. Sa vocation n’est pas d’écrire à la place d’un journaliste. Mais plutôt de leur redonner de la visibilité. D’ailleurs, 30 % des abonnés de Flint travaillent dans les médias.

De l’IA au robot physique, il n’y a qu’un pas. Flint va-t-il devenir réel ? Peux-tu nous parler de son avenir ?

Un robot physique, j’aimerais bien ! Il est tellement mignon qu’on voudrait l’avoir sur son bureau… Quant à savoir s’il est réel ou non, c’est une question presque philosophique ! Ce qui est sûr, c’est que Flint n’est pas un outil, encore moins une newsletter même si c’est le canal qu’il a choisi pour démarrer.

C’est une intelligence qui communique avec nous par mail. Demain, il pourra aussi bien échanger avec nous par téléphone, par texto, par messenger ou encore par l’intermédiaire de Google Home. C’est un compagnon virtuel. Il ne sait juste pas encore très bien parler pour l’instant, donc il fait avec ce qu’il a sous la main. Mais il apprend vite !

Pour terminer, je te propose une équation très actuelle : Homme + IA = 

Je dirais : Homme + IA = collaboration. Chacun apporte à l’autre quelque chose.

L’important c’est le contrôle de notre relation à l’IA. L’IA doit nous augmenter pour nous rendre plus humains. Certains aimeraient bien que l’IA remplace les humains, mais je crois le contraire.

Elle doit nous aider à reprendre pied dans un monde guidé par la technologie. Et aussi nous interroger sur nous-mêmes. Si nous craignons que les robots nous remplacent, c’est peut-être que nous nous comportons aujourd’hui comme des robots.

AGIR!

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Pour élever son robot c’est ici!

DECOUVRIR!

#Vidéo Le journalisme à l’heure de l’intelligence artificielle

 

 

 

2 commentaires sur « Élever son robot pour reprendre le contrôle sur l’information. Le pari de Benoît Raphaël ! »

  1. Houlala, Tant de choses et de projets, c’est merveilleux et intéressant! Quel âge ciblez vous? Il me semble que vous vous adressez à des moins de 40 ans et moins. J’apprécie votre entreprise mais je ne me sens plus concernée. Cependant parce que j’apprécie et suis très proche de jeunes gens, je transmets. Merci à vous et à Annabelle

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    1. Je m’adresse aux amoureux du XXIe siècle, aux curieux, aux résilients, à celles et ceux qui n’attendent pas le futur comme on espère un « miracle », mais construisent l’avenir les mains et le cœur dans l’action!

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