Et si l’agro-écologie était notre avenir?

Enclencher la transition agricole plutôt que faire des courbettes aux partisans d’un modèle obsolète, tel est le pari de Maxime de Rostolan. Dans sa ferme près de Tours, ce trentenaire audacieux et hyperactif souhaite démontrer que l’agro-écologie est plus viable que l’agriculture conventionnelle et promouvoir son développement à grande échelle. Nous avons rencontré le créateur de Fermes d’Avenir qui se donne vingt ans pour éviter un désastre annoncé.

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Nous voulons démoder le mode de production agricole industriel qui prédomine aujourd’hui et qui montre ses limites.

Peux-tu te présenter ?

Je m’appelle Maxime de Rostolan. Il y a cinq ans j’ai créé Fermes d’Avenir, une association qui promeut la transition agricole.

L’idée est de prouver que l’agro-écologie est plus avantageuse que l’agriculture industrielle et chimique, et qu’elle représente un terreau fertile d’emplois.

Je suis un agitateur du système, un entrepreneur militant, car je souhaite qu’on arrive à sortir du modèle dominant qui n’a plus aucun sens. Et l’agriculture est au carrefour des enjeux de notre société.

Mes expériences et mes rencontres m’ont convaincu que la lutte contre le dérèglement climatique passe par une révolution dans notre mode de production alimentaire.

Peux-tu détailler les activités de Fermes d’Avenir ?

Fermes d’Avenir est une association de loi 1901 qui défend une transition écologique par l’agriculture.

Nous voulons démoder le mode de production agricole industriel qui prédomine aujourd’hui et qui montre ses limites.

Pour ce faire, nous travaillons sur quatre axes.

Pour commencer, nous développons des fermes agroécologiques qui produisent, en bonne intelligence avec la nature, des aliments vendus localement. Après la ferme de la Bourdaisière en Touraine, nous avons décidé de travailler sur des projets de plus grandes tailles, à Brétigny, en Normandie, à Metz ou encore à Bordeaux.

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vue aérienne de la Bourdaisière

 

Ce pôle « Production » réalise aussi des missions de conseil, pour les collectivités territoriales ou des acteurs de la filière qui cherchent à répondre à la croissance de la demande citoyenne en produits bio et locaux.

 

 

Par ailleurs, nous formons des porteurs de projet, des maraîchers (avec notamment le programme de compagnonnage, qui accueille cette année une quinzaine de réfugiés) et des « payculteurs », qui sont des animateurs de plans alimentaires territoriaux.

Ensuite, nous mettons en place des mécanismes de financement, avec la plateforme Blue Bees  ainsi que par la mise en place de concours, qui ont déjà permis de remettre plus de 1,5M€ en trois ans à quelques 120 fermes.

Enfin, il convient de peser sur les orientations politiques, pour rétablir la concurrence déloyale qui existe entre l’agriculture chimique, qui externalise tous les coûts de ses impacts (sur l’eau, la santé, le dérèglement climatique, l’érosion de la biodiversité ou encore la destruction d’emplois) et les fait porter par nos impôts, là où l’agriculture paysanne assume les charges supplémentaires qu’impliquent ses méthodes de production plus naturelles (besoin de plus de main-d’œuvre, investissement dans le capital naturel, etc.)

Cette partie de lobbying politique est essentielle.

 Nous espérons, à terme, que toute activité humaine sera évaluée à l’aune de l’ensemble de ses conséquences.

Nous défendons une comptabilité « en triple capital » qui intègrera, en plus de l’indicateur financier, deux nouvelles variables que sont le capital naturel et le capital humain.

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Comment as-tu eu le déclic pour te lancer dans un projet si ambitieux ?

Je ne crois pas au déclic, je pense plus que c’est mon parcours qui m’a construit.

Ingénieur de formation, j’ai fait un tour du monde de deux ans sur le thème de l’eau en 2005. En rentrant en France, j’ai travaillé dans le secteur du développement durable.

J’ai alors pris conscience que la nature est un laboratoire fort de 3 milliards d’années de retour d’expériences dont on doit s’inspirer.

Avec une association sur le biomimétisme, nous avons fait traduire le livre de Janine Benyus, Biomimicry : Innovation Inspired by Nature.

Dans ce livre, elle évoque que dans les années 40, avec une calorie d’énergie fossile on savait produire 2,4 calories alimentaires. Aujourd’hui il faut 7 à 10 calories fossiles pour générer une seule calorie alimentaire. Nous avons donc divisé par 25 notre efficacité énergétique.

Pour une société qui se dit développée, c’est une insulte à l’intelligence humaine.

J’ai donc décidé de me former au maraîchage bio et de lancer ma propre ferme pour évaluer la viabilité économique, technique et sociale d’une agriculture qui travaille avec la nature et non contre elle.

Ces expériences m’ont permis de faire des rencontres inspirantes qui ont achevé de forger mes convictions.

A quoi ressemble ton quotidien ?

J’ai travaillé les mains dans la terre pendant 18 mois, au début de l’aventure. Maintenant, je m’occupe surtout du développement de l’association.

Je touche un peu à tout, de la structuration des projets à la rédaction d’amendements pour les députés, en passant par la recherche de fonds pour nos activités ou la promotion de méthodes plus vertueuses de productions.

Pour atteindre les objectifs qu’on s’est fixé il faut beaucoup d’énergie. Je suis souvent dans le train et enchaîne les rendez-vous.

Actuellement, c’est un peu spécial puisque je suis en pleine promo de « On a 20 ans pour changer le monde* », le livre et le film sont sortis en même temps.

Quelles sont les difficultés auxquelles vous devez faire face ?

Depuis le lancement de Fermes d’Avenir en 2014, nous avons dû répondre à de nombreux coups durs.

Les chiffres de notre ferme « vitrine » sont en dessous de nos prévisions. La réalité du terrain est parfois capricieuse et les récoltes moins abondantes qu’espérées. On fait avec les aléas de la nature.

L’un des gros challenges à venir reste le renouvellement des générations d’agriculteurs. Plus de la moitié d’entre eux va partir à la retraite d’ici 2025.

Le métier d’agriculteur est très compliqué. Il nécessite énormément de ressources : il faut du foncier, des investissements pour assurer des débouchés, accompagner des collaborateurs, avoir une solide formation ainsi que des capacités de gestion.

Nous croyons donc beaucoup au concept des « payculteurs ». Ce sont des entrepreneurs qui catalysent des projets agroécologiques : ils relient l’amont et l’aval, identifient des financements, connectent les parties prenantes.

Le « payculteur », c’est l’interface entre porteurs de projet, collectivités locales, grande distribution et consommateurs.

Nous nous devons de profiter de cette transition démographique dans le métier pour provoquer une réelle transition des pratiques.

Quels sont les conseils que tu donnerais aux jeunes qui veulent s’engager sur ce chemin ?

De commencer par des petites actions qui ont des répercussions directes. Consommer bio, de saison et local par exemple, et diminuer la viande évidemment. Faire du woofing (volontariat dans des fermes biologiques) pour découvrir la réalité du terrain, participer à des chantiers collaboratifs pour apporter sa pierre à l’édifice. Et pour ceux qui ont quelques économies, aider à financer les projets qui leur tiennent à cœur. Le crowdfunding fait partie des outils qui peuvent permettre aux agriculteurs de s’installer ou de se reconvertir.

Quels sont les clefs de la réussite selon toi ?

Pour faire face à un parcours semé d’embûches, il faut avoir des convictions très solides, couplées d’une énergie renouvelable et des ambitions à la hauteur des enjeux. Il faut aussi un bon relationnel et une ouverture réelle à l’ensemble des acteurs de l’écosystème. Je pense que le facteur chance joue forcément un petit peu, mais il ne serait rien s’il n’était pas accompagné de beaucoup de travail.

Si tu avais un dernier message à faire passer, quel serait-il ?

On a 20 ans pour changer le monde donc même pas peur, on se lance maintenant !

Il y a 20 ans, Google n’existait pas, il y a 10 ans le smartphone n’existait pas, nous sommes donc dans un horizon audible à l’échelle d’une génération pour être en mesure d’embrayer sur des solutions.

L’important, c’est que chacun agisse à son échelle dès à présent !

Propos recueillis par Lucille Betrancourt. Toute l’équipe de Youth We Can ! te remercie vivement pour ces infos et ces conseils. Bon courage pour la suite de l’aventure !

Bonus des optimistes!

Découvrir le film * « On a 20 ans pour changer le monde »

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