Quid d’une transition féminine en phase d’essai ?

Le XXIe siècle sera féminin, #FuturIsFemale. Au-delà des effets de mode, quel sens donner à ces mots pour répondre collectivement aux périls qui secouent nos démocraties et menacent notre maison commune ?

Quels impacts peuvent-ils avoir lorsque l’on sait que la destruction du vivant est devenue indispensable au modèle économique moderne ?

Que semblent-ils vouloir nous suggérer, par exemple, lorsque l’on comprend que nous  allons vivre en 100 ans un changement de température qui se réalise en milliers d’années, avec les conséquences que cela implique?

Peut-être nous interrogent-ils ?

Au moment où nous fonçons vers un futur opaque, emprunter le chemin de la civilisation du gâchis, de la concurrence, de l’industrialisation exacerbée, valoriser la force, l’appétit de conquête, les plaisirs que procurent les succès outranciers d’argent et de domination, sous couvert d’émancipation et d’égalité, nous serait-il profitable ? Il m’apparait que se dessinent là les prémices d’une défaite éclatante pour tous les combats féminins.

Ne nous trompons pas de bataille. Car il serait hypocrite et particulièrement dangereux – compte tenu des défis de l’époque – de prendre le risque d’embrasser l’idéal masculin et de le considérer comme seul qui vaille pour idéal humain.

La civilisation du Père « Paternaliste » a fait faillite.

Depuis le milieu du siècle dernier, le pouvoir des femmes s’étend sur la planète, bien que nous soyons encore très loin de la parité – à titre d’exemple, selon le Forum économique mondial, il faudra attendre les environs de 2186 pour atteindre l’égalité salariale entre hommes et femmes dans le monde. Des poches moyenâgeuses résistent encore bien trop violemment.

Cependant, il m’apparaît comme vital d’accepter que rien de souhaitable ne pourra advenir au sein d’un monde où la voie du féminisme serait envisagée comme un outil pour se dresser face à un bloc masculin, en se réclamant comme son semblable, en se positionnant sur le même plan, en s’endurcissant encore plus, en revendiquant l’égalité parfaite, en modélisant par là même un schéma viril qui, jusqu’alors nous a conduit de désastres en catastrophes.

Égalité n’est pas similitude et chaque avancée peut s’accompagner d’un retour de bâton.

Le machisme féminin ne nous entraînera pas ailleurs que là où le machisme masculin nous a toujours emmené.

Je suis persuadée, au contraire, que c’est au cœur d’une société « Féminisée » qu’un monde soutenable pourrait éclore.

Visionnaire, Romain Gary confessait que « d’un bout à l’autre de la terre, la civilisation du Père « Paternaliste » a fait faillite. Elle a fait faillite d’une manière sanglante, bestiale, odieuse, précisément parce qu’elle n’a pas été maternelle. Ni pour l’homme, ni pour la femme, ni pour l’environnement. * »

Le XXIe siècle sera féminin, #FuturIsFemale. Ils sembleraient que ces mots nous enjoignent à sortir définitivement et radicalement d’une représentation duale entre hommes et femmes en réinvestissant d’urgence le champ des vertus féminines trop longtemps reléguées au second plan, telles que l’intuition, la coopération, la sensibilité, l’ouverture … Naïf ?

Est-ce naïf de faire le choix de la coopération en réponse à la compétition ? Celui de l’empathie en lieu et place de la concurrence ? D’accepter un leadership de service qui s’inscrit dans l’écoute et la transmission ? Est-ce naïf de ne pas laisser son prochain sur le bord de la route ?

Les valeurs « Maternelles » ne doivent plus être assignées à résidence.

Le XXIe siècle ne pourra faire sans cet élan, ce choix, cet éveil à nous-mêmes, sans faire son lit au sein de ces valeurs qui ne doivent plus être assignées à résidence et qu’il est temps de reconnaître comme « Maternelles » : c’est-à-dire, au plus près de la vie et des réalités de base.

D’ailleurs, ce nouveau monde balbutiant ne nous enjoint-il pas chaque jour davantage à protéger « la nature » ? Derrière ce terme, n’est-il pas d’abord question de notre nature humaine plurielle et réconciliée avec elle-même ? Mais aussi de notre altérité, de notre santé, de notre vulnérabilité, de tout ce qui forge notre humanité commune.

Dans son livre, Sœur en Ecologie, Pascale D’Erm renouvelle la pensée féministe en nous rappelant qu’en matière de développement durable, les femmes sont à l’origine d’avancées fondamentales. En Occident, elles sont fer de lance d’une consommation plus responsable, en circuits courts, privilégiant des produits biologiques. L’Histoire les a passées sous silence mais dans le monde entier, elles sont depuis toujours en première ligne face aux défis écologiques devenus aujourd’hui des enjeux économiques et sociétaux globaux. Comme les artistes, elles sont des leaders formidables car elles ont compris que c’est au cœur de nos vulnérabilités que se trouvent les indices de tout ce qui peut faire avancer le monde dans le bon sens !

Ne voit-on pas poindre ici les prémices d’une société « Féminisée » ?

D’une société post-matérialiste qui se révèlerait avant tout être celle du lien, de l’attention à l’autre et de la complémentarité nécessaire plutôt que celle du combat ou du rapport de force ?

D’une société de la puissance, beaucoup plus horizontale et transgénérationnelle en réponse à celle du pouvoir qui s’exprimera toujours dans une verticalité de plus en plus insoutenable compte tenu des précipices et des extrêmes qui vont s’accroître dans les années à venir ?

Allons-nous jouer la carte du collectif ou celle du sauve-qui-peut ?

Ce XXIe siècle semble donc TOUS nous enjoindre à faire profondément la paix avec notre composante maternelle.

« Tant que l’Homme n’acceptera pas de se reconnaître dans sa part féminine et donc dans la femme, nous resterons au mieux dans un Feydeau ou un Sacha Guitry mais le plus souvent à Auschwitz, dans la guerre, en Afghanistan, dans la famine, la bestialité, la haine, » ajoute Gary.

Ne sacrifions pas ce qui peut faire avancer le monde sur l’autel de nos peurs ou des reliquats du passé. Le combat féminin n’est pas un sport de riche. Car le XXIe siècle sera très exigeant, il se doit d’offrir au monde la chance de revêtir un visage maternel. N’ayons pas honte de cela.

Annabelle

*Romain Gary – Tribune Libre – du 11 avril 1980

Le 18 décembre 2017, le Parlement des Entrepreneurs d’Avenir et FemininBio co-organisent le Parlement du Féminin à l’Opéra Comique, lieu culturel d’exception à Paris. Le Parlement du Féminin aura pour vocation de rassembler toutes celles et ceux qui pensent et agissent en faveur d’une société plus équilibrée.

2 commentaires sur « Quid d’une transition féminine en phase d’essai ? »

  1. Une fois de plus j’apprécie votre pensée qui devrait vraiment être partagée par tous.
    Oui pour ce monde féministe où la femme retransmet les vraies valeurs.
    Comme j’aime vous lire Annabelle
    Colette @cdirr

    J'aime

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