A 30 ans, il œuvre pour un monde où les violences sexuelles ne seront plus tolérées : De la sauvegarde de nos données au viol !

A 30 ans, Bolewa Sabourin, artiste franco-congolais, a décidé de mettre son art au service de la lutte contre les violences faites aux femmes. En République démocratique du Congo, le viol est une arme de guerre. Dans l’Est du pays, se trouve la réserve mondiale de coltan. Ce minerai permet la sauvegarde des données. Il est présent dans tous nos smartphones. Les entreprises d’extraction minière implantées là-bas sont étrangères. Afin de pouvoir prospérer, elles emploient des groupes armés pour éloigner les populations. Pour les faire fuir, on installe la terreur, on viole et on mutile femmes et enfants. C’est dans ce contexte insoutenable que Bolewa a décidé d’agir.

 Rencontre avec un acteur du changement porteur de la réalité de demain !

 « Moi ce qui me parle, ce sont les femmes, parce que je pense que c’est par elles que le changement de civilisation va être amené. »

 BOLEWAC

Peux-tu me présenter l’association Loba dont tu es le co-fondateur ?

J’ai cofondé Loba en 2008 avec mon meilleur ami William Njaboum qui en est aujourd’hui le président. C’est la danse qui nous a tout de suite réunis. William prenait des cours de hip hop, tandis que moi je pratiquais les danses traditionnelles congolaises. Ensemble, nous avons décidé de monter des spectacles mélangeant nos différents styles. A l’époque, on s’entrainait devant les magasins, dans la rue, on ne savait pas où aller. C’est à l’issue de notre premier spectacle, qui a très bien fonctionné, que l’idée nous est venue. Pourquoi ne pas monter une association et bénéficier de vraies salles de répétition ? On rêvait d’une structure qui nous ressemble, où on retrouverait tout ce qui nous faisait nous, c’est-à-dire l’art comme moyen d’expression. Et de là est née Loba.

Comment est venue l’idée du projet Re-création by Loba ?

 Re-création by Loba est un projet porté par notre association. Il vient tout droit de l’idée de mettre l’art au service de la cité. Nous avons cherché à décliner cette idée, nos expériences personnelles nous avaient permis de comprendre que l’art peut être un merveilleux vecteur pour instruire les gens. L’art peut parler d’histoire ou même de mathématiques s’il est bien pensé. C’est aussi un outil d’engagement et de citoyenneté. Dans le cas de Re-création by Loba, il s’agit d’art au service de la santé.

L’art est un excellent remède thérapeutique. Notre idée était donc de répondre à un besoin social, les violences faites aux femmes, à travers la danse.

Comment as-tu réussi à rassembler autour de ton projet ?

 J’ai rassemblé autour de moi toute une communauté, des personnes qui ont croisé ma vie et que j’ai d’abord appris à connaître humainement, c’est pour moi indispensable. William, le président de Loba, est mon meilleur ami depuis neuf ans. Lucie, qui s’occupe du financement, a fait partie des Different Leaders, un collectif de jeunes que j’ai fondé et longtemps animé. Teddy, le directeur de communication, est un de mes anciens élèves de danse. Estelle, qui s’occupe de la partie cinématographique du projet, car nous avons l’intention de le mettre en image, est également une amie avant d’être une collègue.

Comment parviens-tu à financer ton projet ?

 Nous avons un show appelé « L’Arme », un jeu de mot entre l’« arme » à tuer et la « larme » qui coule. Il est constitué d’une partie danse et d’une partie débat, sur le thème des violences faites aux femmes. Nous le proposons aux collectivités, aux entreprises, et c’est la vente de ce spectacle qui nous permet de nous financer. Nous bénéficions également de soutiens, du mécénat et récemment nous avons effectué une campagne de crowdfunding. Par ailleurs, nous proposons des ateliers de danse qui nous permettent de faire vivre le projet.

Pourquoi as-tu choisi de t’attacher aux thèmes de la femme, de la guerre et de l’Afrique ?

 Le thème de la femme est très puissant chez moi. A l’âge d’un an, mon père m’a kidnappé, il m’a envoyé au Congo et j’ai vécu sans ma mère. Quand je l’ai retrouvée à l’âge de onze ans, nous n’avons tissé en définitive que très peu de liens. De ce fait, il y a un trou béant en moi. Je n’ai jamais eu de mère qui m’aurait aimé plus que moi-même je ne me serais aimé. Et pourtant, les femmes font partie intégrante de ma vie, je suis en permanence avec elles grâce au milieu de la danse et elles me donnent beaucoup d’amour. Cette ambivalence entre ma mère en retrait et ces femmes très présentes fait que la thématique de la femme est prégnante chez moi.

La guerre quant à elle, est partout. Egalement au Congo. J’en suis revenu à l’âge de six ans à cause d’elle. Et enfin l’Afrique. Elle fait partie intégrante de moi. J’y ai fait un road trip, j’ai traversé plus d’une dizaine de pays et mon rêve est de parcourir le continent entier. L’Afrique, c’est le paradis et l’enfer à la fois, sa grande richesse est de pouvoir tout rassembler. L’héritage congolais se retrouve dans mon éducation, je me conçois comme un individu au sein d’une communauté et non comme un être individuel comme ça peut être le cas dans un monde occidental. Je suis parce que nous sommes. C’est pourquoi j’essaye à mon échelle de nourrir cette communauté.

Peux-tu revenir sur le contexte en République démocratique du Congo ?

 Au Kivu, dans l’Est du Congo, il y a quatre-vingts pourcents du coltan. Le coltan, c’est le minerai qui permet la sauvegarde des données et qui est présent dans tous nos smartphones. Etant la réserve mondiale, la Terre entière a les yeux rivés sur ce qui va sauver le data.

Les entreprises d’extraction minière implantées là-bas sont toutes étrangères. Pour pouvoir prospérer, elles doivent assurer leur sécurité, elles emploient donc des groupes armés pour éloigner les populations. Au milieu de tout cela, il y a la population qui se retrouve phagocytée. Car pour les faire partir à jamais, on installe la terreur, on viole et on mutile femmes et enfants afin d’imprimer l’horreur dans les esprits. Une culture du viol s’est ainsi répandue au Kivu, et ça depuis 1996.

Le Dr Mukwege agit contre cette violence en réparant les femmes qui en sont victimes, comment l’as-tu rencontré ?

 Le Dr Denis Mukwege travaille à la réparation des femmes depuis le début de la guerre en 1996. J’ai vu son film en avril 2016 et une de mes cousines m’a fait savoir qu’il intervenait à l’Hôtel de Ville à Paris. J’y suis donc allé. A la fin de son intervention, je lui ai posé une question. Comment pouvais-je lui venir en aide, et ce sans pour autant partir pour le Congo toute ma vie.

Il a répondu qu’il avait reçu beaucoup d’aide de la part de psychiatres et de psychologues occidentaux, mais que leurs méthodes ne fonctionnaient guère, les femmes de là-bas avaient une autre manière d’exprimer leur douleur. Mais il a ajouté qu’en revanche, la danse et le chant semblaient agir.

En effet, ces méthodes permettaient d’instaurer une distance entre les femmes et leur souffrance. Il y avait une forme de pudeur à exprimer leur douleur autrement qui les mettait plus en confiance. C’est là où j’ai eu le déclic, par la danse, je pouvais lui être utile.

Quels ont été les fruits de cette rencontre ?

 J’ai mis un an avant de recontacter le Dr Mukwege. Durant cette année-là, j’ai travaillé mon projet d’arrache-pied, et une fois prêt, je l’ai proposé au docteur. Le projet fut accepté, et c’est ainsi que je suis parti travailler au Congo avec les bénéficiaires de la Fondation Panzi qu’a créé le gynécologue. Les femmes les plus fragiles psychologiquement y sont accueillies. Elles viennent en général de l’hôpital de Panzi, également fondé par Mukwege, où elles sont soignées physiquement. Le gynécologue voit des horreurs, des femmes mutilées du vagin jusqu’aux seins, je ne sais même pas comment il peut vivre normalement, ce qu’il ne fait pas d’ailleurs puisqu’il est sur-humain.

Comment les femmes ont-elles réagi à ton projet ?

 Au début, elles n’arrivaient pas à croire que j’étais danseur. On a voulu nous présenter, j’ai dit que ça ne serait pas la peine et ai demandé à ce que l’on mette la musique. Alors, j’ai dansé. Toutes ont poussé des cris d’exclamation et de joie à la vue de mes mouvements. Immédiatement, elles m’ont adopté, et on a rompu toute barrière entre nous. Même la barrière de la langue. En effet, le Congo est francophone, mais dans l’Est, on parle plutôt le Swahili.

Avec la danse, pas besoin de langue commune, on était connectés.

Pour elles, il fallait tout le temps que je danse ou que je les fasse danser. Au final, on a pu mettre en place des ateliers, et ce fut une des plus belles expériences de ma vie.

Ces femmes arrivent-elles à guérir ?

 On ne guérit jamais de ces choses-là. En revanche, on apprend à vivre avec. J’ai constaté qu’au début des ateliers, les femmes étaient très tendues, très raides. Et à la fin des séances, elles étaient beaucoup plus heureuses, plus ouvertes, ce qui leur permettait de communiquer, de s’exprimer et de se mouvoir plus facilement. Elles ont une charge mentale très lourde, elles sont jeunes (seize ans en moyenne), elles ont des bébés, elles sont rejetées par leurs familles et se rejettent elles-mêmes. Elles pensent à tout cela. C’est pourquoi on leur apporte un véritable moment de « récréation » avant d’être dans la « re-création ». Autrement dit, on se relâche pour que le monde n’existe plus, il n’y a plus que nous et on se fait plaisir, on danse, on rit, ou plutôt on réapprend à rire et à sourire à la vie.

Les femmes de la Fondation Panzi peuvent se reconstruire, notamment par l’instruction. La plupart sont analphabètes, elles peuvent se former à la Fondation et même obtenir des bourses si elles souhaitent poursuivre des études. Elles peuvent acquérir du savoir-faire pour exercer par la suite un métier. Par exemple, certaines d’entre elles sont devenues infirmières. Il y a donc déjà beaucoup de choses en place, la thérapie par la danse que je propose est un complément à ce qui se fait déjà.

BOLEWAA

Qu’est-ce que l’« artivisme » ?

 L’artivisme, c’est déterminer comment l’art peut-il être un outil d’engagement. C’est être à la fois activiste et artiste.

On réfléchit à quel moyen d’expression utiliser pour mettre en lumière une problématique. Pourquoi l’art et pas la manifestation ? Parce que l’on va réussir à toucher des gens beaucoup plus divers à travers l’art. Et c’est de cela dont nous avons besoin. Les modes d’action classiques rassemblent souvent les mêmes profils, et ne touchent pas en dehors de leurs réseaux. Alors que pour danser, il n’y a pas besoin de profil particulier. Ainsi, on peut emprunter la danse pour réfléchir à une problématique commune, dans le cas présent les violences faites aux femmes.

Quels sont tes conseils pour s’engager ?

 « L’exemplarité n’est pas une façon d’influencer, c’est la seule ». Je tiens cette phrase du prix Nobel de la paix Albert Schweitzer. Cette maxime est mon mantra. Il ne s’agit pas pour moi d’être un exemple, mais de donner l’exemple par ce que je fais. Si ce que je fais impacte et inspire les autres, c’est tant mieux.

Je pense que ce n’est pas dans l’injonction ou la culpabilisation que l’on amène les gens à s’engager.

L’autre phrase qui me guide, je la tiens de Gandhi, « sois le changement que tu veux voir dans le monde ». Je fais des actions qui partent de moi. Je ne fais pas des actions que les autres voudraient me voir faire. Il faut donc travailler (sur)ce qui nous parle, et ne surtout pas s’attacher à une cause parce qu’elle est en vogue sur le moment.

Moi ce qui me parle, ce sont les femmes, parce que je pense que c’est par elles que le changement de civilisation va être amené. Je travaille sur les femmes pour les aider à nous faire passer un cap. C’est aussi une manière de remercier les femmes qui m’ont accompagné et donné autant d’amour tout au long de ma vie.

En définitive, ce que je vis n’est pas si différent de ce que les autres vivent. Ça amène d’autres personnes à me rejoindre, car ils pensent d’une façon non pas similaire mais complémentaire, et construire ensemble devient possible.

Oui, je veux être le changement que je veux voir dans le monde. A ma manière. Car c’est quand on incarne son combat qu’il devient bien plus puissant.

AGIR !

En France, nous devons être conscients que des femmes sont victimes des pires atrocités pour notre confort.

Chacun à son échelle peut transmettre cette information. Pour aider l’association, c’est ici !

Par Clémence Gbonon, Service Civique, Youth We Can !

 

Toute l’équipe de Youth We Can ! te remercie vivement pour ces infos et ces conseils. Bon courage pour la suite de l’aventure !

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