Gardons nos idéaux, nos espoirs et nos rêves chevillés au corps !

 

En ces temps de « métamorphoses », il me semble nécessaire de se projeter dans l’avenir afin d’être en mesure de construire ensemble le récit d’un futur réussi. Chaque mois, une personnalité nous enverra une lettre provenant du futur ! Ce  mois-ci, j’ai envoyé la directrice exécutive de Convergences, Emilie Poisson* en 2040. Je ne vous en dis pas plus…Belle lecture! 

Gardons nos idéaux, nos espoirs et nos rêves chevillés au corps !

« Nous le savons désormais, le goût de l’immédiat en 2017 ne constituait qu’un refuge face aux perspectives et défis lointains auxquels nous étions confrontés. »

EMILIE tampon01

Paris le 16 octobre 2040

Chers lecteurs curieux du futur,

 

Je viens de retomber sur le blog de slowinformation d’Annabelle récemment. Et cela m’a rappelé ce que c’était de faire partie des acteurs du changement en 2017.

Cette excitation d’être en train de construire, chacun à son échelle et ensemble, le monde de demain, un futur commun désirable et souhaitable.

Mais ces moments de spleens teintés de frustrations face à l’absence d’avancées concrètes au-delà des grands discours, alors que l’on essayait par tous les moyens de faire bouger les lignes, de mobiliser, de rassembler, de créer du dialogue, des partenariats pour un monde plus juste et équitable.

Eh bien, en cette belle journée d’automne 2040, je vous écris pour vous dire que les choses ont bien changé.

J’aurais aimé pouvoir vous dire que tout s’est déroulé comme nous l’avions tant espéré. Cela n’a pas été le cas.

Ces 25 dernières années n’ont pas été de tout repos : nous avons évité de justesse une guerre nucléaire, des populations ont été déracinées et nous avons dû adapter nos modes de vie face à la montée des eaux et au réchauffement climatique…

Nous sommes désormais près de 9 milliards de personnes sur cette planète. Plus de la moitié de l’humanité est désormais urbaine, avec toutes les conséquences sur les modes de production et de consommation que nous pouvons imaginer.

Avec le vieillissement de la population, nous avons également fait face à un problème de main-d’œuvre et de financement des retraites.

La modernisation des sociétés et l’accès aux réseaux sociaux et d’information n’ont pas réussi à enrayer le terrorisme et celui-ci est devenu plus meurtrier. Des groupes d’individus ont à plusieurs reprises mis la main sur des armes bactériologiques et des drones. Le cyberterrorisme, visant notamment à perturber les marchés économiques et financiers, a également pris de l’ampleur. À l’instar du SRAS et de la grippe H1N1 à l’aube du 21e siècle, des virus se sont développés, passant des animaux à l’homme, et se sont propagés très rapidement dans le monde entier en faisant des ravages.

Les zones humides sont devenues plus humides et les zones sèches plus sèches, impactant l’agriculture mondiale.

J’arrête ici la liste des maux, plaies et autres calamités qui ont affecté l’humanité ces 25 dernières années pour ne pas entacher notre bonne humeur et notre optimisme.

Si cela n’a pas été gai tous les jours, nous vivons désormais dans un monde multipolaire avec des villes mondes.

Les inégalités se réduisent. La technologie nous permet de vivre mieux et plus longtemps. Les citoyens ont pris leur destin en main et complètent les efforts des acteurs solidaires, privés, des territoires et des Etats.

Mais pour cela, il a fallu faire front commun et allier nos forces.

Aujourd’hui, nous le savons et l’avons prouvé et éprouvé : plus une société est solidaire, plus elle est en capacité de faire face aux chocs.

Il a fallu que nous redoublions d’efforts et qu’une collaboration entre États, mais aussi entre pouvoirs publics et acteurs privés, se mette en place pour faire face aux nombreux défis.

Des partenariats inclusifs construits sur des valeurs, une vision et des objectifs communs qui placent les peuples et la planète au centre, ont vu le jour au niveau mondial, régional, national et local.

Rassembler des individus de cultures différentes et nourrir ensuite un effort de collaboration entre eux a été un défi en soi.

Dépasser les objectifs individualistes pour passer à l’action collective a nécessité un temps précieux.

Mobiliser, rediriger et débloquer le pouvoir des milliers de milliards de dollars de ressources privées et publiques pour lutter contre le changement climatique, et réaliser les 17 Objectifs de développement durable (ODD) – ce fameux Agenda 2030 adopté en 2015 sur lequel nous basions tant d’espoirs – n’a pas été simple.

Des investissements à long terme ont été nécessaires, en particulier dans les pays en développement, dans les domaines de l’énergie, de la production et de la consommation durables, des infrastructures et du transport, des technologies de l’information et de la communication.

Le secteur public a dû se mobiliser pour fournir des orientations claires à même de soutenir la mise en œuvre de cet agenda ambitieux que sont les ODD.

Des acteurs influents de la société civile ont également apporté leur pierre à l’édifice en lançant des initiatives et en menant des actions de sensibilisation.

Mais nous y sommes parvenus !

Il existe désormais une culture largement répandue de responsabilité partagée, qui repose sur des normes universellement reconnues, des engagements pris au niveau mondial, de l’action collective et sur la définition d’indicateurs de progrès.

Le nouveau modèle de responsabilité d’aujourd’hui ne repose ni sur le principe de la conditionnalité, ni sur la responsabilité – pour utiliser des termes so 2017 – du Nord à l’égard du Sud ou du Sud à l’égard du Nord, mais sur la responsabilité de tous les acteurs – gouvernements, institutions internationales, agents du secteur privé et organisations de la société civile – ainsi que des populations de tous les pays.

Et c’est à ce prix, et à ce prix seulement, que nous avons pu instaurer un développement axé sur les personnes et soucieux de l’environnement.

 Collaboration et partenariat multi-acteurs paraissaient, il y a 25 ans, être des termes galvaudés, des expressions à la mode… Il n’en était rien !

Il fallait simplement du temps pour qu’ils trouvent tout leur sens et leur réalité afin de véritablement constituer la réponse aux exigences d’un monde de plus en plus complexe et aux défis d’un développement véritablement durable et universel. Car aucun d’entre nous ne peut répondre, seul, aux défis auxquels nos générations et notre planète sont confrontés.

Alors gardons nos idéaux, nos espoirs et nos rêves chevillés au corps !

Et toi Annabelle, utilise ta plume pour susciter chez tes lecteurs l’envie de penser à long terme, donne-leur les clés pour que chacun, individus comme organisations, retrouve le sens de son avenir lointain, l’imaginaire pour son propre devenir, ses visions et ambitions stratégiques.

Pousse tes lecteurs dans leurs retranchements afin qu’ils dépassent ce sentiment de subir les mutations majeures, sans chercher à s’en emparer. Ce sentiment de vivre dans une société sur la défensive, plus gestionnaire que visionnaire. Ce sentiment de ne faire que limiter, au mieux, le poids des difficultés à court terme sans chercher à construire le long terme. Car, nous le savons désormais, le goût de l’immédiat d’alors ne constituait qu’un refuge face aux perspectives et défis lointains auxquels nous étions confrontés.

 À travers tes portraits et interviews, mets la lumière non pas sur celles et ceux qui affirment, mais sur celles et ceux qui s’interrogent.

Parce que remettre en question nos certitudes est le préalable nécessaire à la construction d’un avenir positif pour l’humanité.

Parce qu’échanger sur le monde que nous voulons pour les générations qui viennent invite tout un chacun à réfléchir et à agir comme des citoyens interdépendants les uns des autres. Parce que plus les problèmes collectifs sont mis en exergue et reconnus comme tels, plus des approches novatrices pourront être développées pour trouver des solutions communes.

Une chose est certaine : le monde de 2017 comme celui de 2040 nécessitent que nous nous rassemblions et cela demande patience, persévérance et ambition. Mais aussi beaucoup de bonne volonté, de créativité et d’optimisme. Et de cela, toi et les autres acteurs du changement de 2017 n’en manquez pas !

Emilie

*Emilie Poisson est la directrice exécutive de Convergences, plateforme de réflexion, de mobilisation et de plaidoyer qui promeut les Objectifs de développement durable (ODD) et la lutte contre la pauvreté, l’exclusion et les changements climatiques dans les pays développés comme dans les pays en développement.

Composée de plus de 200 organisations partenaires issues de tous les secteurs, Convergences agit pour  susciter la réflexion et l’action, diffuser des bonnes pratiques et favoriser la co-construction de partenariats innovants à fort impact sociétal.

Après 8 ans passés dans divers pays d’Afrique avec l’ONG ACTED, en tant que Directrice régionale Afrique, chargée des relations externes et du plaidoyer et précédemment Directrice pays au Tchad et au Soudan du Sud, Emilie Poisson a rejoint Convergences en tant que Directrice générale en mars 2016.

 

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