À 27 ans, elle fonde HOP pour dire « Halte à l’Obsolescence Programmée » !

C’est sur Twitter que je découvre HOP *, l’association créée par Laetitia Vasseur dont l’objectif est de lutter contre l’obsolescence programmée. Je décide d’aller à la rencontre de cette actrice du changement dont la démarche m’interpelle. Laetitia me parle de son engagement avec enthousiasme et de ce monde où tout est à réinventer. Rencontre !

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Lorsqu’elle définit son métier, son message est limpide :

« À l’heure où nos matières premières se raréfient, et où il est de plus en plus difficile et coûteux de les extraire,  HOP propose des alternatives positives afin de mettre un terme à cette stratégie économique et commerciale qui n’a plus de sens. » 

Composée de juristes et d’experts en économie sociale, l’association souhaite sensibiliser le plus grand nombre de personnes au phénomène d’obsolescence programmée.

Inventée dans les années 30 par Bernard London, un agent immobilier new-yorkais, l’obsolescence programmée impose aux produits une durée de vie limitée afin de pouvoir les remplacer par d’autres, entretenant ainsi nos besoins de nouveaux biens.

Aujourd’hui, cette pratique nous condamne à des modes de consommation polluant à l’excès et surexploitant les ressources naturelles.

infographie HOP

Pour Laetitia, la société de consommation ne fait plus rêver personne. En outre, une étude européenne** publiée le 30 mars dernier montre que nous condamnons majoritairement l’obsolescence programmée. Un label « durable » garantissant la résistance à l’usure pourrait même booster les ventes de certains produits. « Le futur est en marche, constate Laetitia, cependant, nous nous sentons encore seuls face aux grosses machines des lobbyistes et des industriels. »

Laetitia est déterminée.

« Notre pouvoir en tant que consommateur est immense. Nous devons absolument en prendre conscience. »

Elle souligne que si nous choisissons consciemment nos produits pour leur longévité, les fabricants seront dans l’obligation de s’adapter. « Agir ainsi, c’est nous offrir la possibilité de passer d’une société du gaspillage à une société du durable. » De fait, c’est aussi reprendre confiance en nous, via notre capacité à faire bouger les lignes.

Mue par une énergie surprenante, elle souhaite grâce aux actions de HOP encourager des modèles économiques alternatifs autour de la réutilisation, la réparation et le recyclage des produits. « Il s’agit de réinjecter du sens dans un modèle économique à la dérive, affirme-t-elle. Favoriser les circuits-courts, remplacer la possession d’un bien par son usage ou encore mettre en lumière la qualité et la durabilité des produits. »

Loin d’augurer la fin de la consommation, Laetitia nous enjoint à comprendre les enjeux du présent pour mieux préparer à l’avenir.

Pour la fondatrice de HOP,  dès lors que nous prendrons la peine de nous intéresser aux alternatives, nous serons tous en mesure de les soutenir.

« Nous aspirons tous à vivre une vie qui fait sens, aux antipodes des pratiques absurdes qui détruisent chaque jour nos écosystèmes, et par là-même notre équilibre.»

Originaire de la région parisienne, elle se souvient qu’enfant elle rêvait d’être médecin, ou avocate. À la suite de ses études de droit et de science politique, Laetitia travaille sur la proposition de loi qui devait reconnaître le délit d’obsolescence***. « C’était en 2013, travailler au Sénat a été mon premier emploi. Cela m’a permis d’ouvrir les yeux sur les enjeux politiques. Le comprendre me semblait nécessaire afin de pouvoir prendre conscience que l’action législative est importante mais ne suffit pas, » m’explique-t-elle avec la sagesse de ceux qui ont intégré que notre société est capable de se prendre en main dès lors qu’elle ne cède pas au cynisme et qu’elle transforme la peur en action.

L’année suivante, Laetitia décide de sortir de sa zone de confort pour aller à la rencontre d’autres modes de vie. « J’avais 25 ans, je suis partie un an et demi, voyager autour du monde. Ce périple m’a permis d’avoir une nouvelle perception de la réalité. C’est là que le déclic pour mon engagement a eu lieu. »

Dans les pays du sud-est asiatique, notamment au Cambodge, elle découvre la misère des rivières polluées par des produits de grande consommation. « Chaque jour, je rencontrais des personnes habitant près de rivières envahies de déchets comme des papiers de junk-food, ou d’autres produits issus de grandes firmes américaines, notamment. Ces nouveaux déchets polluent l’eau qui n’est alors plus potable. »

Laetitia reconnait que c’est à ce moment précis qu’elle a pris conscience que ce n’est pas parce que les conséquences de nos modes de consommation ne sont pas perceptibles instantanément qu’ils n’existent pas. 

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Plage au Myamar@laetitiaVasseur

Laetitia revient alors sur les effets désastreux de l’obsolescence programmée sur l’environnement.

La surconsommation et la surproduction engendrées par ces stratagèmes génèrent une surabondance de déchets et de pollutions, ainsi qu’un réchauffement global du climat. « Ces effets sont insoutenables pour l’environnement mais aussi pour notre santé,» ajoute-elle.

Dans la jungle d’Indonésie, elle prend la décision de « voyager léger.» Elle se sépare de la moitié de ses affaires. L’effet est immédiat. « J’ai ressenti une immense libération sans toutes ces petites choses inutiles. »

Munie du minimum, elle découvre de façon tangible tous les trésors que la nature est à même de nous offrir, et à quel point cette liberté appelle à la créativité.

« Ce jour-là, j’ai compris que nous ne sommes absolument pas dépendants de la société de consommation et que nous pouvons vivre autrement. J’ai aussi saisis ô combien notre lien primordial avec l’essentiel a été brisé dans nos sociétés. Avoir l’opportunité de s’y reconnecter est quelque chose de merveilleux. »

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 désert du Gobi en Mongolie@laetitiaVasseur

Dès lors, les lignes de son combat se dessinent plus fermement.

« Aller de moins en mieux », loin d’être une utopie fera dorénavant partie de son quotidien. Cette simplicité volontaire, ce retour à l’essentiel, expérimenté durant son voyage, a permis à Laetitia d’imaginer un monde dans lequel il serait souhaitable de vivre.

« Aujourd’hui, HOP souhaite favoriser la réduction des besoins, mettre en lumière cette idée de sobriété heureuse. »

En effet, qui dit « sobriété heureuse » dit aussi, plus de lien, plus de solidarité, plus d’échanges, plus de proximité, et plus de sens.

Laetitia me dévoile alors une anecdote qui en dit long sur « notre idéal » occidental, qui nous a bel et bien éloignés de notre humanité commune. « J’ai passé cinq mois dans le village de Chefchaouen au nord-est du Maroc. Je vivais avec les populations locales sur la chaîne montagneuse du Rif. J’étais en immersion au cœur d’une vie basée sur l’économie locale, l’entraide, le lien, tout faisait sens. » Lorsqu’elle a expliqué aux habitants du village qu’en France nous développions l’économie collaborative basée sur une confiance partagée, ceux-ci ont été abasourdis, car chez eux, cela existe depuis toujours.

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peuple Mentawai à Siberut en Indonésie@laetitiaVasseur

De retour à Paris, Laetitia est déterminée à tout mettre en œuvre « pour faire sa part »  dans une société en pleine mutation. « Je me sentais comme un poisson à contre-courant mais c’est aussi très stimulant ! J’avais pris beaucoup de recul. Après ce voyage, plus rien ne pouvait m’arrêter ! » C’est alors que « munie de sa nouvelle paire de lunette, » Laetitia découvre que des mouvements citoyens fleurissent de toutes parts et ne tarde pas à se rapprocher des Colibris, d’Alternatiba, ou Ouishare, ainsi que d’acteurs du numérique via les FabLab.

 « En 2013, lorsque j’étais collaboratrice parlementaire au Sénat, nous avions proposé une loi qui devait reconnaître le délit d’obsolescence***. À mon retour ce délit est inscrit dans la loi sur la transition énergétique. » Laetitia prend immédiatement conscience de la marge de manœuvre que lui offre cet outil juridique. En effet, celui-ci ouvre la voie aux recours collectifs contre les industriels soupçonnés de pratiquer cette méthode, faisant en sorte qu’un produit vendu ait une espérance de vie réduite. Cependant, pour s’adresser à la justice, il faut être une association.

Laetitia décide alors de passer du dire au faire.

« C’est à nous, citoyens, de nous emparer des outils qu’offre le législateur.» Quelques semaines plus tard, HOP voit le jour.

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Pour Laetitia, ce sont les « consom’acteurs », qui décideront du futur. 

À ses yeux, le changement est déjà à l’œuvre. Un nouvel imaginaire collectif se construit, les nouveaux comportements (AMAP, circuits courts, certaines formes de consommation collaborative…) ont des effets vertueux. « Nous souhaitons vivre autrement pour vivre mieux, » ajoute-t-elle.

La preuve, s’il en fallait une, que si nous le décidons collectivement, nous pouvons modifier la norme sociale, et co-créer ensemble ce que sera notre réalité de demain.

* Halte à l’obsolescence programmée créée en 2015 est une association 1901 dont la mission est d’agir pour  construire une société sans obsolescence programmée. Pratique courante, l’obsolescence programmée désigne les techniques visant à réduire délibérément la durée de vie d’un produit pour en augmenter son taux de remplacement.

**Étude européenne : http://sircome.com/obsolescence-programmee-et-consommation-responsable/

***Le délit d’obsolescence programmée a été défini par la loi du 22 juillet 2015 sur la transition énergétique par un nouvel article L.213-4-1 du Code de la consommation qui dispose que :

I- L’obsolescence programmée se définit par l’ensemble des techniques par lesquelles un metteur sur le marché vise à réduire délibérément la durée de vie d’un produit pour en augmenter le taux de remplacement.

II- L’obsolescence programmée est punie d’une peine de deux ans d’emprisonnement et de 300 000 € d’amende.

III- Le montant de l’amende peut être porté, de manière proportionnée aux avantages tirés du manquement, à 5% du chiffre d’affaires moyen annuel, calculé sur les trois derniers chiffres d’affaires annuels connus à la date des faits.

Bonus des optimistes:  

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La femme qui l’inspire : Le témoignage d’Anne-Sophie Novel

ANNESO

Docteur en économie, Anne-Sophie est journaliste indépendante, blogueuse, auteure et conférencière. Actrice du changement, elle spécialisée dans l’écologie et les alternatives durables, l’innovation sociale, et l’économie collaborative. En 2015 elle lance la dynamique Place to B afin de rendre l’écologie plus désirable dans nos modes de pensée et de vie ! Pour la suivre sur Twitter : @SoAnn Son credo: « Aller de moins en mieux! »

« J’ai rencontré Laetitia quand elle travaillait au Sénat sur le projet de loin contre l’obsolescence programmée. Je travaillais moi-même à l’époque avec Thierry Libaert sur un rapport que nous avons déposé au Comité Economique et Social Européen sur cette question. Depuis, les choses n’ont pas vraiment avancé au niveau des institutions européennes, et l’idée de Laetitia avec HOP est d’autant plus justifiée, car il n’existait aucune structure dédiée à cette problématique. Laetitia a surtout su fédérer une belle équipe autour d’elle et de HOP, si bien qu’en peu de mois l’initiative a déjà bien fait parler d’elle. »

Anne-Sophie

AGIR!

  • Vous voulez en finir avec l’obsolescence programmée ? En cliquant ici, vous permettez à HOP d’avoir plus de poids dans ses actions de plaidoyer et dans sa capacité de mener des actions de groupe en justice ! Ensemble, nous pouvons faire bouger les lignes !
  • Pour suivre HOP sur Face Book : HOP // Halte à l’obsolescence programmée
  • Challenge pour créer des collants qui ne filent pas une fois sortis de l’emballage, c’est ici !

 

 

 

 

 

5 commentaires sur « À 27 ans, elle fonde HOP pour dire « Halte à l’Obsolescence Programmée » ! »

  1. Merci pour cette rencontre passionnante. Oui notre monde pourra évoluer positivement grâce à des personnes telles que cette jeune femme. Et puis à chacun de nous de prendre conscience dans notre quotidien..

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  2. Excellent, mais tout de même… L’obsolescence programmée d’accord, je le constate presque au quotidien quand je parcours le web, et avec mes proches qui utilisent du windows (manque d’entretien, c’est un grand débat autour de ceci, et c’est un cas un peu particulier).
    Pour ce qui est du matériel, je ne peux m’empêcher de penser que toujours dans l’optique de réduire le coût de production des objets, du matériel, et souvent rendre les objets plus abordables (ou les construire plus vite afin de répondre aux fortes demandes de notre société) il est inévitable que des matériaux de moindre qualité soient utilisés. Peut-on vraiment en vouloir à chaque fois aux industriels ? Je ne pense pas.

    L’obsolescence programmée existe, oui, mais les gens qui ne sont pas soigneux aussi. Et ça, peu de personnes vont l’avouer. C’est plus simple de crier que la faute vient des professionnels… Beaucoup ont une mauvaise mentalité à base de « je m’en foutisme », qui est au final un problème culturel

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