Notre esprit critique mais aussi notre curiosité sont les meilleurs remparts à la manipulation!

 

Retrouvez l’intégralité de cet entretien publié dans Le Neuilléen en cliquant ici

Est-il possible d’être engagé sans faire de politique ? La solution de l’équation s’appelle Annabelle Baudin. Et les solutions, c’est justement ce qui passionne cette journaliste. Animatrice télé, Annabelle consacre aussi beaucoup d’énergie pour mettre en lumière toutes les initiatives qui profitent au bien commun à travers son site internet.
Rencontre pour une bouffée d’optimisme dans un univers des médias, trop souvent anxiogène. Par Mickaël Maia. 
 
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Classement des journalistes 2018 @Carenews – @Convergences
 
-Mickaël Maia : J’ai découvert ton site il y a quelques mois et j’ai réellement apprécié ce côté « journalisme positif », qui manque cruellement aujourd’hui à mon goût dans une époque où le « sensationnalisme » domine. Pour toi, est-ce que les médias se concentrent trop sur le « buzz », la polémique, et pas assez sur les sujets qui parlent d’initiatives citoyennes qui font bouger les lignes par exemple ?
 
-Annabelle Baudin : La presse en France va mal, et ce n’est pas une bonne nouvelle pour la démocratie. Le sensationnalisme, la polémique et le buzz, sont les effets pernicieux de la course à l’audience. Rien de nouveau sous le soleil.
 
Dénoncer les problèmes permet d’alerter l’opinion et c’est nécessaire. Mais aller plus loin en relayant les initiatives qui répondent aux enjeux de l’époque permet de générer l’action.
 
L’idée du journalisme dit « d’impact » (plutôt que « positif ») est avant tout de se décentrer de ce qui ne fonctionne pas. Cette façon de traiter l’information  a un effet réel et mesurable sur le monde qui nous entoure.  Et les lignes bougent ! Les solutions abondent et les exemples positifs fleurissent de tous les côtés. Ils ne demandent maintenant qu’à être encouragés, médiatisés et soutenus. 
 
 
 
– Mickaël Maia : Parle-moi un peu de toi et de ton site. Quel a été le déclic, le moment où tu t’es dit « Il faut que je parle de ces hommes, de ces femmes, et de ce qu’ils font pour rendre le monde meilleur ! » ? 
 
– Annabelle Baudin : Par envie d’assumer un discours positif car je ne supporte pas cette vision qui consiste à ramener tout le monde à la médiocrité, qui clive, nivelle et divise. Ma chance a été de fréquenter l’Institut des Futurs Souhaitables il y a quelques années. Un think tank où la prospective est à l’honneur. Très vite, je me suis retrouvée entourée de personnes remarquables qui enrichissent notre société à un moment de l’Histoire où de nombreux défis sont à relever.  J’ai rapidement eu l’intuition qu’il se passait quelque chose de très fort. Je trouvais invraisemblables que  ces personnes ne soient pas en prime-time, ou ne fassent jamais la Une de nos journaux.
 
C’était pourtant dingue de voir ces communautés de « makers » (entrepreneurs, chercheurs, scientifiques, artistes) à l’œuvre. Une sorte de révolution bienveillante était en train de s’organiser. Vivre de telles expériences, cela te transforme en profondeur.
 
J’avais envie de participer. Agir mais comment ? Quand tu es présentatrice pour des émissions de divertissements, et que tu te retrouves dans ce genre d’écosystème animé par des personnes qui sont aussi humbles que brillantes, même si tu adores ton job, tu prends une  claque ! Ce réveil m’a poussée à revoir certaines de mes priorités et à donner un nouveau sens à mon engagement professionnel et à mon activité de journaliste.
 
lm
 
– Mickaël Maia : Dans le baromètre 2018 de la confiance des Français vis-à-vis des médias, 48% jugent crédibles les informations à la télévision et 52% celles des journaux papiers. Selon toi, pourquoi le pourcentage de confiance n’est pas plus élevé ? Est-ce que la cause viendrait des « fake news » de plus en plus nombreuse ?
 
– Annabelle Baudin : La question de la confiance est devenue une question centrale, et pas seulement dans le domaine de l’information.
Le monde est plus complexe car il est de plus en plus interconnecté. Nous devons apprendre à nous adapter. À une époque où tout le monde peut prendre la parole, nous ne savons plus vraiment qui dit la vérité.
Nous voyons bien que la surabondance d’informations entraîne beaucoup d’opacité sans parler du nivellement de la qualité. La révolution des réseaux sociaux est formidable, c’est une incroyable libération de la parole et des échanges. Mais il m’apparaît impératif de tirer dès à présent les conclusions de certaines dérives, à l’image de l’explosion du phénomène des « fake news » que tu évoques.
 
Paradoxalement, cette libéralisation de la parole publique (autrefois réservée à une élite, expert et sachant) doit être régulée et nous nous devons de nous y adapter.
L’éducation aux médias est un enjeu que l’éducation nationale doit pleinement s’approprier.
Notre esprit critique mais aussi notre curiosité sont les meilleurs remparts à la manipulation. Par exemple, sur Internet, l’info nous parvient désormais à travers le filtre des algorithmes. Or aujourd’hui, quand ils ne nous poussent pas vers de fausses informations, ils nous enferment dans ce qu’on appelle les bulles de filtre. Le danger c’est que cela nous éloigne de toute idée nouvelle ou contraire à notre point de vu, et nous emmure dans le microcosme de nos certitudes.
 
S’ajoute à cela, la pression du « court-termisme » qui entraîne peu à peu la disparition du vrai débat, c’est à dire du fond au détriment de la forme.
C’est l’ère du spectaculaire, de la petite phrase et du lynchage. C’est ainsi qu’on enterre la nuance et le bon sens. Nous le voyons avec les polémiques incessantes, largement reprises sur les réseaux sociaux et qui consistent à opposer les gens.
 
Ce « court-termisme » prime aussi dans les prises de décision politiques, car les politiques doivent plus que jamais composer avec le diktat de l’opinion. Cette situation peut être dommageable pour l’économie et l’innovation qui a besoin d’une vision et donc de temps long. 
 
– Mickaël Maia : Autre domaine, la politique. Dans la dernière enquête du Cevipof/Sciences Po de janvier 2018, on constate une fois de plus une forte défiance des Français à l’égard de la classe politique en général (83% pensent qu’ils ne se préoccupent pas d’eux par exemple). Quel est ton ressenti concernant la période actuelle et les tensions qui l’accompagnent ?
 
– Annabelle Baudin : On assiste dans toutes les grandes démocraties à un phénomène, lié à ce nouvel environnement numérique que nous venons d’évoquer : le rejet des élites.
 
Toutes les études montrent qu’une fois élu, aussi charismatiques et appréciés soient-ils, les politiques et autres leaders sont rejetés. Le simple fait de passer du statut de candidat au statut de Président de la République, par exemple, entraîne l’apparition d’un phénomène de récusation dans l’opinion. Cela pose la question du leadership dans cette nouvelle société, mais aussi la question de la légitimité et de son acceptation.
 
L’idée que chacun puisse participer est séduisante et ces nouvelles interactions avec le pouvoir sont très intéressantes. Cette nouvelle société participative ne doit pas cependant remettre en cause le fonctionnement de la représentation nationale.
 
Le principe de l’élection est un pilier de nos démocraties, donc ne rejetons pas systématiquement nos élus, sous prétexte que nous aussi, nous avons désormais le droit à la parole et surtout la possibilité d’être entendu et d’agir. 
 
– Mickaël Maia : Maintenant parlons du monde de la télévision que tu connais bien. J’aimerais que tu me parles de deux émissions qui font beaucoup de bruit, et pas toujours en bien : « Touche pas à mon Poste » et « Quotidien ». Quel est ton avis sur ces deux programmes qui font réagir beaucoup de Français ? 
 
– Annabelle Baudin :  Pour commencer, n’oublions pas qu’il s’agit avant tout d’émissions de divertissement et non pas d’information.
Et ces deux émissions, aussi différentes soient-elles, surfent sur l’actualité pour faire le show. À l’heure où le temps de cerveau disponible est de plus en plus réduit, il ne faut pas que nous tombions dans le piège de croire que nous sommes au courant de l’actualité, sous prétexte que nous avons passé du temps devant des émissions de divertissement.
 
Une fois dit cela, il est intéressant de préciser que « divertir » cela signifie « détourner de quelques choses. » On fait trop souvent un mauvais procès à ces deux émissions.
 
Je suis la première à participer à ce genre de programmes. Mais une fois de plus, soyons clair, quand tu allumes ton écran pour regarder TPMP, tu ne te branches pas sur Bourdin. Tu viens chercher autre chose comme un moment de détente pour te vider la tête. Les deux émissions peuvent être distrayantes mais là encore, la course à l’audience ne peut pas excuser certaines sorties de piste. Et la question du sens mériterait parfois d’être posée.
 
Concernant l’équipe de Yann Barthès, j’entends parfois « trop bobos, trop déconneurs, trop populaires ou légers. » Ils ne s’interdisent rien, et j’apprécie leur impertinence. Je pense qu’ils ont visé juste sur le fond comme sur la forme. Idem pour TPMP, dès lors que le fonds de commerce de l’émission ne convoque ni la malveillance, ni l’humiliation. 
 
– Mickaël Maia : Peux-tu maintenant me citer le nom de ton animateur(trice) préféré(e) ? Ton programme télé préféré ? Et le programme qui te manque le plus ? 
 
 
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