A 25 ans, elle œuvre pour réduire les inégalités sociales au sein du système éducatif !

« Il faut toujours avoir confiance en ses capacités même quand, dans certains contextes, elles sont remises en cause. »

En France, un enfant d’ouvrier ou d’employé a 2 fois moins de chances qu’un enfant de cadre d’obtenir un baccalauréat général et de poursuivre des études universitaires[1]. Dans le même temps, 17% des postes d’enseignants restent non pourvus en 2015[2], pénurie encore plus forte dans les académies les moins favorisées.

Face à ce double constat, Nadia Elboukhiari a décidé de rejoindre l’association Teach for France qui recrute et accompagne des jeunes issus des grandes écoles désireux de s’engager en faveur de l’éducation. Pendant 2 ans, ils occupent des postes laissés vacants et enseignent à des jeunes de Réseau d’Education Prioritaire (REP).

Aujourd’hui chargée de mission promotion et sélection chez Teach for France, la jeune femme souhaite partager son expérience avec nous.

Rencontre !

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Tu viens d’intégrer l’équipe de Teach for France. Quel a été ton parcours pour en arriver là ?

J’ai fait toute ma scolarité en REP.

Après mon lycée à Saint Denis, j’ai intégré Sciences Po par la voie conventionnelle d’éducation prioritaire qui permet à des jeunes issus de REP d’intégrer des grandes écoles.

Après mes 5 ans à Sciences Po et mon master en affaires publiques, j’ai fait un an de stage parce que je ne savais pas exactement de quelle façon matérialiser professionnellement mon intérêt pour les questions sociales.

Quand je me suis mise à chercher du travail, j’avais le choix entre le secteur du conseil et le secteur associatif. J’ai longtemps hésité puis j’ai choisi Teach for France qui me permet de travailler au quotidien dans le secteur de l’éducation, un des outils fondamentaux pour changer les mentalités, éveiller les esprits, modifier les trajectoires individuelles comme la mienne a pu l’être.

Pourrais-tu nous expliquer plus concrètement ce que fait Teach for France ?

Teach for France est une association qui promeut l’enseignement auprès de jeunes diplômés issus des grandes écoles et universités. L’objectif est double : répondre à la pénurie d’enseignants en renouvelant les viviers de recrutement de l’Education nationale, et réduire les inégalités sociales.

Pour cela, nous avons signé une convention avec l’Education Nationale qui recrute, emploie et rémunère les candidats que nous lui proposons pour occuper les postes laissés vacants. L’intérêt de notre programme, qui dure 2 ans, réside dans l’accompagnement que nous proposons.

Après 2 étapes de sélection mêlant questionnaires, mises en situation et entretiens, les candidats choisis participent à une université d’été afin de préparer leur première rentrée. Pendant les 2 années scolaires, ils sont suivis par l’association. Ils peuvent également compter sur la communauté d’enseignants Teach for France.

Le modèle a été importé des Etats-Unis, c’est bien ça ?

Oui tout à fait, c’est Wendy Kopp qui a créé Teach for America il y a un peu plus de 25 ans pour inciter les bons profils à sortir de leurs zones de confort et à agir en faveur de l’éducation. Aujourd’hui le modèle existe dans plus de 40 pays ! Tous les pays sont indépendants mais appartiennent au réseau international Teach for All. En France nous sommes encore une petite équipe avec 6 salariés : la directrice générale et les membres de pôles opérations et partenariats, promotion et sélection, accompagnement.

Et comment avez-vous réussi à mobiliser tout cet écosystème en France ?

Pour être honnête, nous avons la chance de bénéficier du réseau de la fondatrice, Nadia Marik-Descoings. Nous avons des contacts directs auprès de l’Education nationale, de structures publiques, d’entreprises, d’administrations de grandes écoles et d’universités, d’enseignants. Nous développons également notre propre réseau en allant directement dans les écoles et les universités, en répondant à des appels à projets, en levant des fonds auprès des entreprises et des institutions publiques.

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Pour mobiliser les futurs enseignants, comment faites-vous ?

Il y a déjà un constat que je fais en tant que jeune diplômée, c’est que beaucoup de jeunes ne savent pas nécessairement ce qu’ils veulent faire à la fin de leurs études. Beaucoup veulent avoir un métier qui ait du sens mais le sens peut se trouver dans plein de secteurs ! Dans l’éducation, l’engagement social est visible rapidement car il peut changer la trajectoire de nombreux élèves. Les jeunes s’intéressent à notre programme parce qu’ils ont déjà donné quelques cours et savent que ça leur plait. Alors pourquoi ne pas tenter l’aventure ?

La suite pour Teach for France, c’est…

Cette année, notre première promotion est rentrée dans les classes des collèges de l’académie de Créteil. Ils étaient 29, et en moins de 3 mois, ils étaient déjà 13 à vouloir passer le CAPES pour devenir titulaires !

Pour l’année prochaine, notre objectif est d’avoir 35 enseignants dans les matières que nous proposons : anglais, lettres modernes, lettres classiques, histoire-géographie et mathématiques. Nous essayons de concentrer nos énergies afin de garantir un accompagnement de qualité. Mais à plus long terme,  nous voudrions étendre le programme à d’autres académies et à d’autres niveaux comme le primaire et le lycée.

Si demain un jeune te dit qu’il veut s’engager pour Teach for France, tu lui réponds quoi ?

C’est assez simple ! Il peut décider d’intégrer le programme pour devenir enseignant pendant 2 ans,  il lui suffit alors de répondre au premier questionnaire de recrutement et de passer les différentes étapes de sélection. Il peut aussi nous aider à promouvoir la démarche en devenant porte-parole de Teach for France. Ou alors, il peut  apporter le regard de quelqu’un extérieur au projet en proposant de nouvelles idées, en échangeant avec nous sur différentes manières d’améliorer le programme…etc.

Si tu devais donner à un jeune quelques clés de la réussite…

Je n’ai que 25 ans, mais de mon expérience jusque-là et de ce que j’ai pu avoir autour de moi, je pense qu’il faut faire preuve de persistance et d’acharnement.

Il faut toujours avoir confiance en ses capacités même quand, dans certains contextes, elles sont remises en cause.

Je pense aussi qu’il ne faut pas hésiter à prendre des risques, et prendre un échec éventuel comme quelque chose de positif.

Une personne qui a rencontré l’échec et a dû faire face à des difficultés sera plus avisé, plus sage, saura d’adapter à des environnements différents, fera preuve d’endurance, de résilience et se donnera les moyens d’aller jusqu’au bout de ce qu’il veut faire. Et surtout, il ne faut jamais oublier les raisons pour lesquelles on s’est lancé au départ !

Un dernier message à faire passer ?

Je pense qu’aujourd’hui, dans notre monde où tout est compliqué et où tout va mal, il est facile de baisser les bras et de se dire que seul, il est impossible de changer les choses. Mais justement, il faut se rendre compte qu’il y a plein de structures, d’initiatives comme Youth We Can! très positives qui se développent.

La volonté est là, et certes à un niveau individuel c’est difficile de changer les choses, mais ces initiatives cumulées nous font aller vers quelque chose de meilleur, vers un avenir plus prometteur pour tout le monde !

[1] Ministère de l’Education nationale, Novembre 2014

[2] Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance, Ministère de l’éducation, 2016

Propos recueillis par Manon Creach pour Youth We Can!

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