Ryadh Sallem, CAP sur la biodiversité humaine !

Lorsque l’on rencontre Ryadh Sallem, ce qui frappe d’emblée, c’est un charisme singulier mâtiné d’une présence exceptionnelle. Pour conjurer la fatalité, cet enfant de la Thalidomide est devenu un athlète au palmarès époustouflant. Membre de l’équipe de France de basket-fauteuil, champion du monde de natation, champion d’Europe de rugby-fauteuil et sélectionné 4 fois aux Jeux Paralympiques,  il tend pourtant vers un seul objectif : pacifier le monde en célébrant ce qu’il nomme « la biodiversité humaine ». Il suffit de passer quelques heures avec lui pour s’en convaincre. Rencontre.

 C’est dans un restaurant situé à quelques mètres de son association CAPSAAA, Cap Sport, Art, Aventure, Amitié, que je retrouve Ryadh Sallem. Il est au téléphone et me fait signe qu’il n’en a pas pour longtemps. Pourtant, son appel se prolonge. Suit un deuxième coup de fil. De fait, je comprends rapidement, au risque d’alimenter un lieu commun, que j’ai bien rendez-vous avec un homme qui a décidé de vivre plusieurs vies en une.

Outre un parcours de sportif de haut niveau, Ryadh est un entrepreneur tout terrain. Extrêmement investi dans son association, cet athlète est convaincu que nos différences constituent un atout exceptionnel pour faire émerger notre individualité.

Véritable alchimiste, il a fait de sa vie un chef d’œuvre incontestable, en transformant chaque échec en challenge à relever. « Les échecs font partie de la vie, mais ce sont de formidables opportunités pour s’enraciner et grandir, me confit-il en faisant tourner les mains courantes de son fauteuil roulant pour me rejoindre à table. Ce qu’il faut, c’est comprendre que chaque épreuve que mère nature te présente, tu es en mesure de la supporter. » Le ton est donné.

 Ce caractère déterminé, il le porte en lui depuis son enfance. Né à Monastir, en Tunisie, Ryadh est un enfant de la Thalidomide – un sédatif et anti-nauséeux qui serait responsable de plus de 12 000 cas de malformations à travers le monde.

Né sans jambes, il n’a qu’une main, atrophiée certes, mais probablement bien plus leste qu’une seule des nôtres. À l’âge de deux ans, il quitte sa Tunisie natale pour se faire soigner en France. Séparé des siens, il entre au centre de rééducation fonctionnelle de Saint-Fargeau en région parisienne où il restera pensionnaire durant seize ans.

De son enfance rythmée par de multiples opérations, il ne conserve que très peu de souvenirs. Il se remémore cependant qu’un jour son prothésiste lui a dit:

« Ryadh, mieux vaut-il être un petit parmi les grands, qu’un grand parmi les petits.»

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Ryadh me dévoile alors que le plus beau cadeau qu’il souhaite faire à ses parents est celui de réussir sa vie. À l’image de sa croyance qu’il martèle à toutes les personnes qu’il croise sur son chemin.

« Les problèmes arrivent toujours, par contre le bonheur se cultive. Et il a besoin qu’on lui offre du temps. Alors, n’oublie pas d’être heureux ! »

Ce crédo, Ryadh l’incarne par sa présence, et par un sourire qui ne ment pas. Pour lui, être heureux est un choix conscient, et même audacieux. Et dans la vie, comme sur les terrains de sport, lorsque l’audace est au rendez-vous, elle nous permet de marquer de points.

Enfant, Ryadh possède un tempérament hyper actif. Bien qu’assagit depuis, ses éducateurs de l’époque lui proposent de canaliser toute cette énergie à travers le sport.

« Le sport m’a sauvé ! J’ai tout fait pour ne pas tomber dans le piège de la victimisation. Je ne voulais pas devenir un bourreau sous prétexte que je souffrais. L’esprit de revanche ne m’intéresse pas. Tout le monde souffre ! Alors, je me suis accroché au sport. »

 Son courage, allié à une volonté sans faille, lui permettent d’inverser la donne et de sortir du centre où il est pensionnaire, transformant ainsi son destin en destinée.

Grâce à la natation, Ryadh entre dans le monde des sportifs de haut niveau. Sur les podiums, il multiplie les médailles et gagne sa sélection en équipe de France. Mais cela ne lui suffit pas. Inspiré par Mickael Jordan, son rêve est de devenir joueur professionnel de basket, la discipline star du handisport. « Je voulais jouer au basket avec les plus grands,» affirme-t-il.

À Paris, le cercle sportif des Invalides lui offre sa chance en 1987. Sous le panier, il s’inspire des artistes de cirque et emprunte aux jongleurs leur technique pour manier la balle sans mains.

En France, devenir un athlète quand on est handicapé relève du parcours du combattant. Toutefois sa vélocité convaincra lors d’un tournoi amical. Il entre alors en équipe de France où l’aventure se poursuit pendant dix-huit ans. Dès lors, parallèlement à sa carrière sportive, il souhaite mettre son énergie au service de l’amélioration de la société dans son ensemble.

Mû par une soif inextinguible de liberté, l’athlète aux larges épaules se lance dans le militantisme associatif. C’est ainsi qu’en 2015, il fonde CAPSAAA, pour sensibiliser les « non handicapés » et promouvoir une vision positive du handicap.

Pour Ryadh, le sport est un formidable outil pédagogique pour faire évoluer les regards sur le monde du handicap, et par là-même, sur la vie.

Ryadh me relate alors une histoire surprenante. « Un jour la directrice d’une école m’a contacté car l’un de ses élèves handicapés était persuadé qu’après l’école, il allait mourir. » Ryadh m’explique que cet enfant n’avait jamais vu d’adultes handicapés. Il était donc dans l’incapacité totale de se projeter dans l’avenir.

Depuis ce jour, il intervient dans les établissements scolaires. Ryadh alerte sur les comportements à risque qui peuvent provoquer un handicap. Sensibilisant ainsi chaque année 20 000 enfants sur ce sujet, puisque 85% des handicaps surviennent après un accident.

« Je dis souvent que notre mission consiste à permettre aux plus jeunes d’avoir des anticorps psychiques pour qu’ils soient à même de faire face à la douleur qui fait partie de la vie. Nous leur permettons, dès le plus jeune âge, de s’orienter par l’amour et non par la peur afin qu’ils soient en mesure de réaliser leurs rêves, et quoiqu’il leur arrive, de pouvoir se reconstruire. »

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Devant des détenus, il parle de l’enfermement auxquels les personnes handicapées sont souvent confrontées. Il leur explique aussi que la véritable force se situe là où l’on pacifie, et que nous avons le droit d’échouer.

« C’est en se plantant que l’on s’enracine. »

À ses yeux, l’échec est une étape indispensable sur le sentier de la réalisation personnelle.

Une anecdote lui revient soudainement à l’esprit « Un jour, un homme gigantesque m’interpelle : c’est qui Ryadh ? » Ryadh reste impassible, mais l’homme colossal s’explique. « Tu as rencontré mon oncle à la prison de Fresnes, il m’a dit de faire comme toi, pas comme lui. » L’homme lui remet alors un courrier de la part de son oncle. « Depuis, ajoute cet homme, je suis devenu éducateur sportif. »  Et Ryadh d’affirmer, « Lorsque les personnes portent un regard de bienveillance sur toi, cela te fait grandir. Je le dis souvent, une plante a parfois besoin d’un tuteur, mais toujours de beaucoup d’eau… »

Consultant en entreprises, il propose du conseil en accessibilité et développe des stratégies RH.

 « Qui est le plus handicapé ? Celui qui est dans un fauteuil et qui se démène pour réaliser ses rêves ou celui qui ne l’est pas et qui n’avance pas ? »

Pour lui, aller à la recherche de ce qui nous fait vibrer sans se préoccuper du reste est essentiel. « Le seul moment où la compétition est légitime, c’est dans le sport. Dans la vie, il ne faut jamais se mettre en compétition avec les autres car nous sommes tous riches et complémentaires de nos différences. »

Ryadh évoque alors le souvenir de son amitié avec le chercheur philanthrope et essayiste Albert Jacquard. L’éloge de la différence est son livre de prédilection. « En effet, quel plus beau cadeau peut nous faire l’autre que de renforcer notre unicité, notre originalité, en étant différent de nous ? » 

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Comme sur les stades paralympiques, Ryadh se livre sans compter et le temps s’écoule trop vite. Il me fera une dernière confidence en me relatant qu’enfant, une personne lui a dit qu’en l’an 2000, tout le monde vivrait heureux et en paix. Lorsqu’il a réalisé qu’il s’agissait d’une fable, il s’est donné pour mission de faire le nécessaire pour que chacun puisse trouver sa place dans une société qu’il souhaite plus civilisée, plus humaine, et surtout « pacifiée ».

Bonus des optimistes:  

DÉCOUVRIR !

  • SEQUENCES CLES PRODUCTIONS : Ryadh est le gérant-associé de Séquences Clés Productions qui est la seule entreprise adaptée (l’entreprise emploie au minimum 80% de personnes handicapées) dédiée aux métiers de l’audiovisuel.

         Pour en savoir plus sur Séquences Clés Productions, c’est ici!

  • Avec l’archéo-anthropologue Valérie Delattre, il a rédigé et co-édité deux ouvrages collectifs : « Décrypter la Différence : lecture de la place des personnes handicapées dans les communautés du passé » et « Handicap : affectivité, sexualité et dignité ».  Un 3ème opus dédié à l’histoire des prothèses depuis Neandertal jusqu’aux Impressions 3D et au transhumanisme est prévu pour fin 2016.

AGIR !

CAPSAAA est le plus grand club handisport français et propose des sections de basket-fauteuil et de rugby fauteuil. L’association utilise le langage universel du sport et des arts, pour sensibiliser au handicap et faire de la prévention aux conduites à risque. Les bénéficiaires sont les enfants de 9 à 13 ans, leurs encadrants et les entreprises.

L’action dissous les préjugés des uns sur les autres. Ces structures collaborent au service d’un projet commun pour la jeunesse.

  • Pour découvrir les Journées Citoyennes – Educapcity, c’est ici! 

« Venez avec vos différences, repartez avec vos ressemblances! »

Depuis 2016, CAPSAAA a repris l’organisation du City Raid Andros, devenu Les Journées Citoyennes-EDUCAPCITY , grand raid national et citoyen pour les 8-11ans. Cet événement ludique et sportif permet aux jeunes d’expérimenter physiquement et émotionnellement la citoyenneté.

 

 

 

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